Les diplomates français, allemands et britanniques mettent au point les derniers préparatifs de la réunion de vendredi avec leurs homologues iraniens sur la brûlante question du programme nucléaire de Téhéran. La rencontre, la troisième du genre après deux échecs, est présentée côté européen comme celle «de la dernière chance»: l'Iran est fermement invité à accepter les termes d'un accord sur la suspension de son programme d'enrichissement de l'uranium. Faute de quoi, laisse entendre l'Union européenne depuis quelques semaines, le dossier sera transmis à l'ONU lors de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), prélude à d'éventuelles sanctions.

En substance, l'UE exige de Téhéran des garanties que son programme nucléaire est purement civil et demande, au titre des mesures de confiance, une suspension des activités d'enrichissement au motif qu'elles peuvent être détournées à des fins militaires. En échange, elle propose son assistance, notamment via la fourniture de combustible nucléaire ou d'équipements de technologie civile.

Contourner la question

Mardi, les Européens ont toutefois fait un geste envers Téhéran en laissant entendre qu'ils n'exigeraient plus explicitement une suspension des activités d'enrichissement. Un texte en ce sens, qui «contourne» la question selon un diplomate de l'AIEA, a été adressé aux Iraniens, preuve une fois de plus que sur ce dossier, les Européens ne veulent aller à l'affrontement avec Téhéran et font tout pour empêcher «la mort du processus de dialogue».

C'est que le temps pressait pour éviter la crise. Il faudrait une dizaine de jours aux inspecteurs de l'AIEA pour vérifier une telle suspension, or la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs a lieu le 25 novembre. Et jusqu'à présent, Téhéran campe sur ses positions en affirmant qu'il n'accepterait dans le meilleur des cas qu'une suspension temporaire, comme il l'a déjà fait précédemment, et en aucun cas sous forme d'obligation légale. «La négociation pour un accord global peut être achevée en trois mois», a prévenu mardi un diplomate iranien, avant de préciser que son pays et les Européens pouvaient «parvenir à une forme d'accord» vendredi.

La position européenne peut se comprendre. Le Conseil de sécurité de l'ONU a montré ses limites dès lors qu'il s'agit de voter des sanctions contre un pays. Dans le cas de l'Iran, celles-ci apparaissent pour le moins problématiques: des sanctions pétrolières? Téhéran ne se prive pas de faire remarquer qu'elles feraient exploser le prix du baril. De quoi faire réfléchir.