Le but est toujours «humanitaire». La priorité reste celle d’une évacuation de tous les ressortissants européens et d’un maximum de civils étrangers menacés. Mais les moyens pour y parvenir sont bel et bien militaires. Les ministres de la Défense de l’UE, réunis ce vendredi à Budapest où ils recevaient ce matin le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen, l’ont confirmé. Une opération «pragmatique» est à l’étude. Le mécanisme de protection civile de l’Union, activé mardi soir, ainsi que l’état-major européen en dressent actuellement les plans tandis que le Conseil de l’Atlantique Nord, soit la réunion des ambassadeurs des pays membres de l’OTAN, débattra dès cet après-midi de la situation en Libye.

«Pragmatique»? «Cela veut dire que nous n’excluons rien, mais que nous ne ferons pas la guerre à Kadhafi», a confirmé au «Temps» une source bruxelloise. L’implication de l’OTAN, dont le secrétaire général déclarait encore jeudi que «la Libye n’est pas une menace pour l’Alliance», témoigne néanmoins d’un revirement à 180 degrés, à l’évidence lié aux échanges téléphoniques entre Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron. Pour mémoire, une frégate britannique, HMS Cumberland, est déjà dans le port libyen «libéré» de Benghazi pour assurer des évacuations. Elle devrait être rejointe par des navires de guerre italiens. La France, de son côté, devrait annoncer aux ministres européens de la Défense l’engagement du bâtiment de soutien et de commandement Mistral, selon le blog Bruxelles2 très bien informé.

La nature des opérations reste, pour l’heure, centrée sur l’évacuation des ressortissants européens. En sachant que leur présence, dans différents endroits du territoire, pourrait amener les forces des pays membres de l’UE à conduire des opérations d’extraction. Le plan militaire le plus abouti serait l’instauration d’une zone d’interdiction aérienne au-dessus de tout ou partie du territoire libyen, grâce à la surveillance des avions Radars Awacs de l’OTAN et aux appareils de l’Alliance basés en Sicile. Mais la question du mandat international demeure cruciale: l’UE voudrait que le Conseil de sécurité lui donne son feu vert avant d’intervenir. Une possibilité entrouverte jeudi à Bruxelles par Vladimir Poutine. Le premier ministre russe, dont le pays dispose d’un droit de veto, a estimé que la situation en Libye «était un danger», en visant notamment le risque de propagation islamiste si le chaos s’installe. L’UE souhaite aussi que les sanctions contre le colonel Kadhafi et son entourage soient décrétées au niveau des Nations unies pour leur conférer une «absolue légitimité».