Sur l’écran de la chaîne américaine CNN, le bandeau d’actualité a figé d’un seul coup la discussion. «L’Union européenne va entamer l’examen de la demande d’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie.» Gabor Horvath est rédacteur en chef international du quotidien d’opposition hongrois Nepszabad. Durant presque dix ans, ce diplômé de l’Université de Moscou a couvert la Russie de Vladimir Poutine pour son journal, et pour plusieurs médias hongrois. L’Ukraine? «Jamais, affirme-t-il, le maître du Kremlin n’acceptera de l’abandonner, maintenant que ses blindés ont déferlé sur le pays. La fiction diplomatique d’une adhésion à l’Union européenne est donc, dans les faits, condamnée à virer au cauchemar.»

«Il n’y aura jamais plus d’Ukraine indépendante tant que Poutine régnera à Moscou. L’UE va se retrouver prise au piège», explique-t-il, dans sa maison située près de l’aéroport de Budapest. La veille, un diplomate français commentait lui aussi cette décision imminente, plus que symbolique en plein conflit: «Entamer la discussion sur l’adhésion alors que la guerre ne fait que commencer, c’est s’engager dans une réalité virtuelle difficile à contrôler. Ouvrir cette porte, c’est comme ouvrir un poste-frontière devant l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés. Après, vous ne pouvez plus la refermer.»