L’UE mobilisée face à la tragédie des migrants

Méditerranée Les Vingt-Huit sont divisés sur la politique migratoire

Un sommet européen d’urgence est prévu jeudi

Un sommet européen urgent sur la crise des migrants aura lieu jeudi à Bruxelles. L’annonce a été faite de la façon la plus solennelle lundi par Donald Tusk, le président du Conseil européen. Mais il a d’emblée prévenu qu’il ne fallait pas s’attendre à des décisions spectaculaires. «Il n’y en a pas, sinon on les aurait déjà prises», a-t-il dit.

L’Union européenne (UE) ne cache ainsi pas son incapacité à éviter les tragédies qui se succèdent dans la Méditerranée. Hier, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué avoir reçu un appel de détresse par une personne disant se trouver sur un bateau en train de couler, avec quelque 300 migrants à bord, au large de la Libye. Au cours du week-end, 700 hommes, femmes et enfants ont péri dans les mêmes conditions. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), 35 000 migrants sont arrivés par bateau dans le sud de l’Europe depuis le début de l’année, et 1600 sont portés disparus.

«Les mots ne suffisent plus, a martelé hier Martin Schulz, président du Parlement européen. L’UE peut faire et doit faire plus. C’est une honte et un aveu d’échec que de constater que de nombreux pays tournent le dos à leur responsabilité et consacrent si peu de moyens pour aider à sauver des gens en détresse.» Le socialiste allemand a réclamé une politique migratoire telle qu’elle existe aux Etats-Unis, qui permet aux personnes en détresse de s’établir en toute légalité.

Ce n’est pas la première fois qu’un sommet européen sera consacré à la question migratoire. En décembre 2013, peu après le drame de Lampedusa qui avait fait 366 morts, un sommet avait proposé de nombreuses mesures qui sont toutefois restées lettre morte. «Nous n’avons plus d’alibi pour ne rien faire, a lancé la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avant la réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de l’UE hier au Luxembourg. Les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, ç’en est trop.»

Mais les bonnes volontés ne se sont pas traduites par des mesures décisives. Les ministres se sont surtout engagés à renforcer la guerre contre les trafiquants humains, notamment en coopérant davantage en matière d’échange d’informations. Ils ont aussi évoqué un mandat spécial qui permettrait de saisir et détruire les bateaux utilisés par les trafiquants.

Sur un autre registre, les ministres demandent de renforcer la mission de surveillance Triton en lui octroyant plus de moyens. Celle-ci est dotée d’un budget mensuel de 3 millions d’euros, alors que l’Italie à elle seule consacrait 9 millions à Mare Nostrum, qui était une mission de sauvetage jusqu’en novembre 2014.

Le troisième volet de mesures concerne le partage du fardeau pour l’accueil des migrants. En réalité, seule une poignée de pays assume l’accueil du plus grand nombre. D’autres pays, par crainte d’alimenter le discours anti-immigrés des partis nationalistes, sont réticents. La Commission avait bien proposé de réviser l’Accord de Dublin qui porte sur la prise en charge des réfugiés. Mais 24 des 28 gouvernements avaient opposé un refus catégorique. Seuls l’Italie, la Grèce, Chypre et Malte qui sont les plus concernés par les flux migratoires étaient favorables.

Les ministres des Affaires étrangères se sont également penchés sur la situation en Libye où passent, selon Sandro Gozi, secrétaire d’Etat italien aux Affaires européennes, 81% des candidats à l’asile. En réalité, la situation libyenne était déjà inscrite à l’agenda de la réunion d’hier, mais Federica Mogherini en a fait un sujet prioritaire. La cheffe de la diplomatie européenne a rappelé qu’elle avait le mandat de préparer un plan d’action pour soutenir la mise en place d’un futur gouvernement d’unité nationale en Libye. Les différentes factions libyennes se sont rencontrées à la fin de la semaine dernière au Maroc. Selon l’émissaire onusien Bernardino Leon, il y aurait un accord à 80% sur les termes de la transition politique. Dans une telle perspective, l’UE n’exclut pas une mission de maintien de la paix et de désarmement des milices.

«C’est un aveu d’échec que de constater que de nombreux pays tournent le dos à leur responsabilité»