L’État-major de l’UE basé à Bruxelles réfléchit à un scénario impliquant une éventuelle intervention militaire à but humanitaire en Libye. L’information, donnée jeudi matin par des sources européennes, confirme le fait que les Vingt-Sept se préparent à toutes les éventualités face à la violence des affrontements dans le pays. «Nous devons nous préparer à toutes les éventualités et c’est ce que nous faisons. Mais ce ne sont que des scénarios» affirme-t-on à Bruxelles. La Haute représentante de l’UE Catherine Ashton a aussi confirmé qu’elle se rendrait lundi à Genève pour la session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

«Le dialogue diplomatique est devenu impossible avec les autorités libyennes» estiment désormais les diplomates en charge du dossier, selon lesquels le principal problème est celui de l’évaluation de la situation à Tripoli et dans les zones «libérées» de l’Est du pays. Le spectre de l’enclave de Srebrenica livrée aux Serbes durant le conflit des Balkans pèse lourd. «Ne pas réagir si ces zones libérées sont attaquées par l’armée ou par les mercenaires engagés par le régime Kadhafi est impossible» estime un ambassadeur.

Environ 10 000 ressortissants européens resteraient bloqués en Libye où l’UE ne dispose pas de délégation. La mise en place de dispositifs militaires d’appui est liée à la nécessité, pour les pays de l’UE, de se préparer à une évacuation massive de leurs ressortissants et de très nombreux expatriés étrangers aujourd’hui menacés.

La responsabilité de l’UE, pour l’heure, est essentiellement d’assumer un rôle de coordination entre les différents moyens aériens et maritimes mis en œuvre. Les diplomates concernés ont affirmé ce matin qu’en raison de la rupture d’une bonne partie des communications téléphoniques et électroniques avec la Libye, les seules informations disponibles venaient des échanges avec leurs collègues des pays membres à Tripoli, joints par téléphone satellite. Une cellule de crise est aussi en lien avec le Comité International de la Croix Rouge. L’UE a activé mercredi soir son mécanisme civil de crise, mettant à la disposition de l’urgence libyenne une cinquantaine d’experts, en partance pour les frontières du pays.

Plusieurs réunions de haut niveau ont lieu aujourd’hui à Bruxelles. Le Conseil des ministres de la justice des Vingt-Sept devrait confirmer le dispositif mis en place pour faire face à d’éventuelles vagues migratoires vers l’Italie ou Malte. La visite officielle du premier ministre Russe Vladimir Poutine à la Commission a été l’occasion de déclarations conjointes. «Nous condamnons et considérons inacceptable le recours à la force militaire pour réprimer des manifestations pacifiques de même que toutes autres formes de violence», a déclaré M. Barroso lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre russe. Une liste de personnalités libyennes visées dont les avoirs pourraient être gelés est par ailleurs en préparation.