La Commission européenne «est prête à envisager un dispositif comme celui que nous avons adopté après les attentats de septembre 2001» aux Etats-Unis et qui permet aux compagnies de recevoir des aides dans «des circonstances exceptionnelles», a déclaré le commissaire à la Concurrence, Joaquin Almunia. «Les Etats membres de l’UE devront démontrer la nécessité de l’aide» et s’assurer qu’elle ne constitue pas un soutien excessif par rapport aux entreprises concurrentes, a-t-il ajouté au cours d’une conférence à Bruxelles.

L’octroi de ces aides est prévu par un article du traité européen (107) «qui permet aux Etats de compenser les préjudices liés aux catastrophes naturelles ou qui sont dus à des événements exceptionnels». Dans ce cas, les Etats sont fondés à apporter un dédommagement aux entreprises. La Commission était disposée «à clarifier» ce texte pour permettre aux gouvernements de s’en servir face aux pertes provoquées par le passage du nuage de cendres volcaniques.

Le commissaire européen chargé des Transports Siim Kallas a estimé de son côté que selon l’évaluation de l’industrie du transport aérien «les conséquences économiques de cet événement sans précédent pourraient dépasser l’impact du 11 Septembre 2001 aux Etats-Unis. Il a ajouté cependant qu’il ne fallait pas céder à la panique. Les compagnies aériennes ont l’obligation d’indemniser d’une manière ou d’une autre les passagers cloués au sol, a-t-il rappelé.Toutefois, en vertu des réglementations actuelles, les compagnies ont le choix entre rembourser un billet d’un vol annulé ou offrir un dédommagement tel que des nuits d’hôtel par exemple à un passager dans l’incapacité de rentrer chez lui.

Aider de façon «non discriminatoire»

Concernant les aides publiques aux transporteurs, si des gouvernements européens devaient les juger nécessaires il faudrait seulement «quelques jours» pour clarifier le texte, a assuré la porte-parole de la Commission pour les questions de concurrence.

«Pour que ces aides hypothétiques soient autorisées il faudrait que l’indemnisation versée le soit de façon non discriminatoire, c’est-à-dire à toutes les compagnies d’un même Etat, que l’indemnisation soit limitée au coût constaté au moment de l’interruption du trafic et que le montant de l’indemnisation soit calculé de manière précise et objective pour s’assurer qu’il n’y a pas de d’indemnisation excessive», a-t-elle précisé. «Il ne faudrait pas que ce soit une aide déguisée à la restructuration de compagnies qui seraient éventuellement en difficulté avant la crise provoquée par le volcan», a-t-elle également mis en garde.

Siim Kallas devait participer dans l’après-midi à une vidéo-conférence avec les ministres européens des Transports. Interrogé pour savoir s’il y aurait une décision éventuelle sur une reprise des vols en Europe, Siim Kallas a plaidé en faveur d’«une sorte d’approche commune». «Il ne peut y avoir aucun compromis avec la sécurité», a-t-il toutefois insisté. «Si une décision (sur la reprise des vols) était prise, il faudrait trois à quatre jours pour que la situation revienne à la normale», a-t-il précisé.

Une crise qui coûte très cher

Le manque à gagner pour les compagnies, qui ont vu plonger leurs cours de bourse lundi, est estimé par Association internationale du transport aérien (IATA) à plus de 200 millions de dollars par jour. Mais il faut aussi ajouter des coûts supplémentaires comme le déroutement des avions vers les aéroports ouverts, le logement des passagers ou des équipages bloqués loin de chez eux et l’entretien d’avions éloignés de leur base.

Certains transporteurs ont évalué ce que leur coûte la crise chaque jour: 35 millions d’euros pour Air France-KLM, de 15 à 20 millions de livres (17 à 26 millions d’euros) pour British Airways, 29 millions d’euros pour la scandinave SAS.

La situation est très diverse selon les compagnies, ajoute-t-il. Certaines comme SAS, de taille moyenne et dont la trésorerie a déjà été fragilisée par la crise, auront plus de mal à s’en sortir facilement. La compagnie scandinave envisage d’ailleurs de mettre à pied une partie de son personnel. Les grands transporteurs européens comme Air France-KLM, Lufthansa ou British Airways (BA) ont les reins plus solides pour faire face à des difficultés temporaires. BA, dont tous les vols ont été annulés lundi, s’est voulue rassurante. Elle affirme avoir assez de fonds «pour soutenir une période de fermeture considérable de l’espace aérien britannique».

Reste que l’actuelle paralysie risque de couper dans son élan un secteur qui était en train de se remettre des lourdes conséquences de la crise économique. En mars, IATA avait noté que le transport aérien mondial montrait des signes de reprise grâce à l’Asie et avait élaboré des prévisions moins pessimistes pour 2010. Cette intempérie arrive clairement au mauvais moment pour les compagnies aériennes dont l’environnement de marché commençait enfin à s’améliorer.