L’UE rouvre la porte à la Grèce

La Grèce a fait une demande in extremis pour renouer avec ses créanciers

Le programme d’aide a expiré et Athènes n’a pas remboursé sa dette au FMI

Que de rebondissements. Alors que l’impression générale mardi matin à Bruxelles était que les jeux étaient faits dans la crise grecque, une réunion téléphonique de l’Eurogroupe, les ministres des Finances de la zone euro, a été convoquée d’urgence en début de soirée. Plus tôt dans la journée, Athènes avait demandé, en bonne et due forme, à ses créanciers, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne et l’Union européenne, de conclure un accord de deux ans avec le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le montant de 29 milliards d’euros permettrait à la Grèce de couvrir ses besoins financiers durant cette période, tout en restructurant sa dette. Réponse de l’Eurogroupe: il est prêt à ouvrir les négociations pour un nouveau programme, ce qui serait en réalité le troisième. Les deux premiers signés en 2010 et en 2012 sont arrivés à échéance mardi. En revanche, la prolongation des programmes d’aide demandée par Athènes a été rejetée. Conséquence: deux prêts totalisant 19 milliards euros ont été annulés, dont 11 milliards qui étaient destinés à la recapitalisation des banques. Mardi était aussi le délai pour Athènes pour rembourser une dette de 1,54 milliard d’euros au FMI. Le versement n’a pas été effectué, mais le fonds a fait comprendre qu’il ne considérerait pas encore la Grèce en situation de défaut de paiement.

La réunion de l’Eurogroupe se poursuivra ce mercredi matin. Dans son communiqué de presse de mardi soir, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, n’a fait aucune référence au référendum que le gouvernement grec entend organiser dimanche prochain. La population grecque devrait se prononcer sur le projet d’accord des créanciers tel qu’il était vendredi. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a appelé à voter «non». C’est dans ce contexte que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est jeté lundi dans l’arène politique grecque et a appelé les Grecs à accepter le programme. «Un non serait un non à l’euro et à l’Union européenne», a-t-il averti.

Dans la nuit de lundi à mardi, Jean-Claude Juncker s’est toutefois entretenu avec le premier ministre grec, à la demande de ce dernier, dans le but de sortir de l’impasse. Le président de la Commission lui a alors demandé d’accepter le projet d’accord des créanciers et de soutenir le «oui» au référendum de dimanche. En retour, il a promis que les créanciers entreraient en matière pour négocier une restructuration de la dette grecque. La lettre d’Athènes est arrivée en début d’après-midi.

A 19h hier soir, Jean-Claude Juncker a quitté précipitamment une cérémonie publique au cœur de Bruxelles pour participer à l’Eurogroupe. «Nous allons travailler encore, espérant cette fois obtenir un résultat positif pour la Grèce et pour l’UE», a-t-il déclaré en partant, avec une certaine confiance.

A Berlin, la chancelière allemande n’était, dans un premier temps, pas mise au courant des manœuvres à Bruxelles. Plus tard, elle a déclaré que l’Allemagne n’était pas prête à discuter d’une nouvelle demande d’aide d’Athènes avant le référendum. Pour sa part, Wolfgang Schaüble, le ministre allemand de l’Economie, très remonté contre les dirigeants grecs depuis plusieurs semaines, a conditionné toute discussion cette semaine à l’annulation du scrutin.

Une nouvelle fois, la pression est venue des Etats-Unis. Le président Barack Obama a mis en garde mardi contre «l’impact significatif» de la crise grecque sur l’économie européenne et potentiellement pour l’ensemble du globe, tout en minimisant les risques de «choc majeur pour le système».

«Qu’il annule le référendum de dimanche et nous reprendrons les discussions très vite»