Les Européens ont approuvé lundi une nouvelle salve de sanctions ciblées pour les violations des droits de l’homme commises en Chine et en Birmanie et ont adressé une mise en garde à la Turquie. Mais personne n’est prêt dans l’UE à rompre avec Pékin, Moscou et Ankara.

Les sanctions préparées par leurs ambassadeurs ont été approuvées au début d’une réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles. L’UE a sanctionné onze responsables birmans impliqués dans la répression meurtrière menée depuis le coup d’Etat, a confirmé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Des sanctions ont également été approuvées contre quatre dirigeants de la région chinoise du Xinjiang pour les violations des droits de l’homme concernant la minorité musulmane des Ouïghours, a-t-on appris de sources diplomatiques. Pékin a menacé de rétorsion, mais le dialogue n’est pas rompu.

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Message de fermeté à Moscou

Les sanctions sont nominatives, ciblées et consistent en une interdiction de visa et un gel des avoirs dans l’UE. Le nouveau dispositif adopté en décembre a déjà été utilisé pour sanctionner quatre hauts fonctionnaires russes impliqués dans les procédures judiciaires engagées contre l’opposant russe Alexeï Navalny.

Un message de fermeté de la part de l’UE devait aussi être adressé à Moscou, ont annoncé plusieurs ministres à leur arrivée. Mais l’Union européenne, qui dépend encore de la Russie pour un tiers de ses fournitures de gaz, ne peut pas rompre avec Moscou, rappelle un diplomate.

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Le principal sujet des discussions lundi sera la Turquie, a reconnu Josep Borrell. Les ministres des Affaires étrangères doivent finaliser leurs recommandations pour le sommet européen des 25 et 26 mars. Or Ankara souffle le chaud et le froid dans la relation avec l’Union européenne qui cherche une normalisation après une année de tensions et d’affrontements.

Ombres et lumières turques

Les dirigeants des institutions européennes se sont entretenus vendredi en visioconférence avec le président turc Recep Tayyip Erdogan et l’ont appelé à créer les conditions d’une relation apaisée. Sa réponse a été le retrait de la Turquie de la convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette décision a été condamnée par les Européens et le président des Etats-Unis Joe Biden l’a jugée «injustifiée» et «profondément décevante».

Les relations avec la Turquie seront un des thèmes abordés pendant la réunion des ministres des affaires étrangères de l’Otan mardi et mercredi avec le nouveau secrétaire d’Etat Antony Blinken, attendu à Bruxelles lundi soir.

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a déploré «les jeux de lumière et d’ombre» en Turquie. «Les événements auxquels nous venons d’assister ces derniers jours, la volonté d’interdire le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) et le retrait de la convention d’Istanbul, sont de mauvais signes», a-t-il affirmé. 

«Retour au Moyen Age»

«Ce sont des signaux très inquiétants», a jugé la ministre suédoise Ann Linde. «C’est un retour au Moyen Age. Ce n’est pas la façon dont nous devons reconstruire des relations normales avec la Turquie», a dénoncé le Luxembourgeois Jean Asselborn. Les ministres vont prendre connaissance d’un rapport préparé par Josep Borrell. L’Espagnol leur soumet des options d’actions positives et négatives à mettre en oeuvre.

«Toutes les options sont prévues pour encourager le développement de bonnes relations, mais des mesures restrictives sont également présentes si la situation venait à se détériorer», a-t-il expliqué. Des sanctions économiques sectorielles figurent au nombre des options.

«Je n’ai aucune envie de renouer avec un régime comme celui-là», a confié à l’AFP un des ministres. «Mais il n’est pas question de couper les ponts», a-t-il insisté. «La Turquie est un partenaire important pour les migrations», a rappelé le ministre slovaque Ivan Korcok.