Sommet

Pour l'UE, un échec face à la Grande-Bretagne aurait été insupportable

Des responsables estiment que le Premier ministre britannique a fait du chantage aux dirigeants européens à un moment où l'Union est fragilisée par la crise des réfugiés. «Nous n'aurions pas dû entrer dans ce jeu», déplore un diplomate

L'Union européenne (UE) ne pouvait pas se payer le luxe d'un échec dans les négociations sur ses futures relations avec le Royaume-Uni. L'enjeu était de parvenir à un accord sur lequel le premier ministre ministre britannique pourrait s'appuyer pour demander à ses compatriotes de soutenir le maintien de leur pays au sein de l'Union. En cette période où la maison Europe est rongée par la crise des réfugiés et des divisions internes, le retrait de l'un des plus grands pays de l'Union aurait porté un coup majeur à l'Union.

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Donald Tusk, le président du Conseil européen et grand ordonnateur du sommet, a de quoi se réjouir. Mais que du chemin parcouru pour arriver à ce point. Dès la réception, en novembre dernier, de la lettre de revendications du premier ministre David Cameron, il a, après moult consultations avec Londres, rendu public un premier projet d'accord le 2 février dernier. Depuis, cette mouture a été modifiée à plusieurs reprises. La dernière qui a passé la rampe a été déposée vendredi soir vers 20h30.

Le sommet avait mal commencé

Rien ne prédisait pourtant que le document de compromis allait obtenir l'adhésion des Vingt-Huit au bout de quelques heures. Car le sommet n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices. Jeudi soir, un tour de table avait permis à Donald Tusk de constater le fossé entre les diverses positions. Dès lors, après une session de travail consacrée à la crise des réfugiés, il a organisé d'incessantes consultations jusqu'à l'aube vendredi. Celles-ci ont repris dans la matinée et ont duré jusqu'au soir. L'ambiance ne se prêtait pas à de l'optimisme. «Je ne conclurai un accord que si nous obtenons ce dont notre pays a besoin», a martelé le leader conservateur anglais, sur un ton vindicatif. David Cameron est était sous la forte pression de la presse britannique ainsi que des membres de son propre parti qui jugent que les négociations de Bruxelles sont inutiles.

Mais le ton a aussi monté chez les vingt-sept autres membres de l'Union qui avait l'impression de danser sur une musique choisie par David Cameron. Un message twitté par Tomas Prouza, secrétaire d’Etat de la République tchèque, en dit long: «Au fur et à mesure que le temps passe, je suis de plus en plus confus face aux les tactiques de négociations des Britanniques. Plutôt inhabituelles, c'est le moins que l'on puisse dire.»

La délégation polonaise, qui avait été jusqu’à présent plutôt compréhensive vis-à-vis de la démarche britannique, en est venue à adopter un ton critique. La première ministre polonaise Beata Szydlo a affirmé jeudi qu’elle souhaitait un accord, «mais pas à n’importe quel prix».

La France a aussi fait barrage. Londres avait demandé que la place financière britannique ne soit pas soumise aux règles européennes tout en ayant un droit de co-décision dans la réglementation bancaire. «Il faut qu’il y ait une régulation financière qui vaille sur toutes les places de l’Europe», a rétorqué hier le président François Hollande.

Une clause «d'auto-destruction» des futurs traités

Par ailleurs, la Belgique et la France ont font cause commune et demandé d’inclure une clause d'«autodestruction» dans tout éventuel accord; celui-ci ne serait valable que si les Britanniques votent pour rester au sein de l’UE. «Nous ne voulons pas que ce document serve de base à tout autre pays pour avancer de nouvelles revendications, a déclaré Charles Michel. Nous avons tout fait pour comprendre les Britanniques, mais nous ne voulons pas violer les règles européennes pour les satisfaire.»

«Nous n'aurions pas dû, dès le départ, entrer dans le jeu de David Cameron, affirme un diplomate européen. C'est lui qui a lancé l'idée d'un référendum; c'était à lui d'assumer les conséquences...» Fin observateur de la politique européenne, Michel Karchitschnig, rédacteur en chef de Politico, influent journal en ligne, ne dit pas autre chose. « Le débat sur le Brexit est secondaire à la crise des réfugiés en Europe, mais nos dirigeants débattent de la politique partisane à l'intérieur du Parti conservateur britannique», a-t-il relevé vendredi soir.

Certains diplomates ont aussi noté que David Cameron s'est senti en position de force pour arracher des concessions à l'UE. En effet, dans sa présentation devant ses homologues, il les a averti que « ce n'est pas un moment pour se diviser. Je ne demande rien qui soit nouveau ou qui soit impossible. J'en ai besoin, sinon c'est le suicide de l'Europe.»

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