croatie

L’UE a une enclave en territoire bosnien

La ville Neum est le seul accès à la mer de la Bosnie. Un régime particulier facilitait le passage des personnes et des biens. Mais depuis l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, les deux pays vont devoir redéfinir leurs relations

L’Union européenne compte désormais une enclave sur le territoire de la Bosnie-Herzégovine. La petite ville de Neum sépare en effet la région de Dubrovnik du reste de la Croatie. Bien sûr, depuis la fin de la guerre, des postes frontières se dressent des deux côtés de la bourgade. Le territoire de Neum, seul débouché bosnien sur la mer, ne s’étend que sur 8 kilomètres. Cette situation est un vieux legs de l’histoire, le petit port ayant servi durant des siècles de «zone tampon» sous contrôle ottoman, entre le territoire de la République de Raguse, au sud, et les possessions vénitiennes, au nord. Jusqu’à présent, un régime particulier facilitait le passage des personnes et des biens, mais depuis lundi, tout a changé avec l’intégration de la Croatie dans l’Union européenne.

«La moitié des touristes qui viennent à Neum sont originaires de Bosnie, rappelle Vinko Bacic, président du Conseil touristique de Neum. Pour passer la frontière, ils devront désormais présenter un passeport biométrique, que tous n’ont pas.» L’autre solution, pour gagner Neum depuis l’intérieur de la Bosnie, consiste à suivre sur des kilomètres une mauvaise route qui serpente dans les montagnes d’Her­zégovine. «Le gouvernement avait commencé à construire une nouvelle route vers Mostar, mais c’est comme tout en Bosnie: les travaux sont interrompus depuis six ans, faute d’argent», poursuit Vinko Bacic.

Les nouvelles règles européennes vont aussi affecter le transport des biens, notamment celui des produits agricoles, soumis aux règles sanitaires de l’UE. Pour contourner le problème, le gouvernement croate a relancé un vieux projet: la construction d’un pont reliant le continent à la pointe de la péninsule de Peljesac, qui assurerait la continuité territoriale croate. Les travaux avancent, malgré l’opposition des autorités de Sarajevo qui craignent un enclavement du petit port de Neum, et une marginalisation de la ville que les touristes étrangers pourraient contourner.

Risque d’exode

Des problèmes pourraient aussi se poser pour le transfert de malades ou de blessés vers l’hôpital de Mostar. Cependant, 90% des habitants de Neum possèdent le passeport croate. Depuis la fin de la guerre, les autorités de Zagreb ont toujours favorisé l’octroi de la double citoyenneté aux Croates de Bosnie-Herzégovine. On estime que 500 000 citoyens de Bosnie, principalement d’ethnie croate, en disposent. Depuis dimanche soir, ils sont devenus citoyens de l’Union européenne, faisant craindre le risque d’un nouvel exode massif.

Les autorités croates tentent de rassurer, en soulignant que les Croates de Bosnie-Herzégovine disposent depuis longtemps de cette double citoyenneté, et que beaucoup d’entre eux sont habitués à circuler entre les deux pays. Alors que le chômage frappe officiellement 22% de la population active en Croatie et 43% en Bosnie-Herzégovine, certains pourraient cependant être tentés d’aller voir plus loin, en cherchant à s’installer dans d’autres pays de l’Union. Marija, une étudiante croate de Mostar, a trouvé un boulot d’été dans un petit hôtel de Neum, pour 200 euros par mois. Elle rêve de partir aux Pays-Bas, «car ni la Bosnie ni la Croatie n’ont rien à offrir aux jeunes».

Le président croate Ivo Josipovic souligne que son pays fera tout pour aider l’intégration de la Bosnie-Herzégovine, «qui est dans l’intérêt de la Croatie». Cette perspective a pourtant bien peu de chances de se concrétiser dans les prochaines années, et les deux voisins vont devoir rapidement redéfinir leurs relations.

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