La Commission européenne veut «abolir» le règlement dit «de Dublin» confiant la responsabilité d'une demande d'asile au pays de première entrée des migrants dans l'UE, a déclaré mercredi la cheffe de l'exécutif européen Ursula von der Leyen devant le Parlement européen, lors de son premier discours sur l'état de l'Union.

«Je peux annoncer que nous allons abolir le règlement de Dublin et le remplacer par un nouveau système européen de gouvernance de la migration. Il y aura un nouveau mécanisme fort de solidarité», a-t-elle dit.

La Commission doit présenter le 23 septembre sa proposition de réforme de la politique migratoire européenne, très attendue et plusieurs fois repoussée, alors que le débat sur le manque de solidarité entre pays Européens a été relancé par l'incendie du camp de Moria sur l'île grecque de Lesbos.

«Au cœur (de la réforme) il y a un engagement pour un système plus européen», a déclaré Ursula von der Leyen. Il y aura des structures communes pour l'asile et le retour. Et il y aura un nouveau mécanisme fort de solidarité», a-t-elle dit, alors que les pays qui sont en première ligne d'arrivée des migrants (Grèce, Malte, Italie notamment) se plaignent de devoir faire face à une charge disproportionnée.

Nouveaux objectifs pour le CO2. Par ailleurs, l'Allemande a indiqué que son instance propose de viser une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre de l'UE en 2030 par rapport au niveau de 1990, contre un objectif actuellement fixé à -40%, afin de parvenir à l'objectif de la neutralité carbone en 2050, a annoncé Ursula von der Leyen.

Ce relèvement, qui aurait d'importantes conséquences pour les secteurs de l'énergie, des transports ou de l'agriculture, «est trop important pour certains et insuffisant pour d'autres. Mais notre économie et notre industrie peuvent y faire face», a indiqué la présidente.

Un texte de la présidente en décembre 2019: Un pacte vert pour l’Europe

Des obligation vertes. Le plan de relance européen post-Covid de 750 milliards d'euros, sur lequel les Etats membres se sont entendus en juillet, sera financé à 30% par des obligations vertes, indique Ursula von der Leyen. «Nous sommes les leaders mondiaux de la finance verte et le plus grand émetteur d'obligations vertes dans le monde. Nous faisons œuvre de pionnier en élaborant une norme de l'UE solide en matière d'obligations vertes», a précisé la responsable.

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Santé et vaccin. Elle appelle à une «Union européenne de la santé»: «Nous créerons une agence de recherche et de développement biomédicaux avancés au niveau européen, comme cela existe aux États-Unis.» Elle met en garde contre «le nationalisme vaccinal», qui «met des vies en danger: «Face à la crise que connaît le monde, certains choisissent le repli sur soi. Trouver un vaccin ne suffit pas. Nous devons veiller à ce que les citoyens européens et ceux du monde entier y aient accès. Aucun d'entre nous ne sera en sécurité tant que nous ne serons pas tous en sécurité.»

Turquie et migrants. Ursula von der Leyen met par ailleurs en garde la Turquie contre toute tentative d'«intimidation» de ses voisins dans le conflit gazier qui l'oppose à la Grèce en Méditerranée orientale: «Oui, la Turquie se situe dans une région qui connaît des troubles. Et oui, elle reçoit des millions de réfugiés, pour l'accueil desquels nous versons une aide financière considérable. Mais rien de tout cela ne justifie les tentatives d'intimidation de ses voisins.»

S'agissant des migrants, l'Europe «doit faire sa part»: «Les images du camp de Moria nous rappellent douloureusement que l'Europe doit agir dans l'unité. Si nous intensifions nos efforts [au niveau européen], nous attendons de tous les États membres qu'ils intensifient eux aussi leurs efforts.»

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Brexit. L'Allemande rappelle que l'accord scellant le départ du Royaume-Uni de l'UE, signé en janvier, ne pouvait pas être modifié unilatéralement. «Il est impossible de le modifier unilatéralement, de l'ignorer ou de cesser d'en appliquer les dispositions. C'est une question de droit, de confiance et de bonne foi.»

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Tolérance et racisme. La présidente fustige la Pologne en affirmant que les «zones sans LGBTQ» décrétées dans un certain nombre de villes polonaises sont des «zones sans humanité» qui «n'ont pas leur place» dans l'UE.

La Commission annonce son intention de présenter «un plan d'action» contre le racisme: «Il est temps à présent de construire une Union véritablement antiraciste - en condamnant le racisme, mais aussi en agissant La Commission va présenter un plan d'action pour commencer à concrétiser ce projet. Dans ce cadre, nous proposerons d'étendre la liste des infractions prévues par la législation de l'UE à toutes les formes de crimes de haine et de discours de haine - qu'ils se fondent sur la race, la religion, le genre ou la sexualité.» Parmi les évolutions attendues, la présidente pense renforcer les «lois en matière d'égalité raciale là où des lacunes subsistent», mais aussi d'utiliser le budget de l'UE «pour lutter contre la discrimination dans des domaines tels que l'emploi, le logement ou les soins de santé». «Nous deviendrons plus sévères en matière d'application de la législation en cas de retard de mise en œuvre.»