Italie

Luigi Di Maio, le nouveau visage du populisme italien

Le jeune vice-président de la Chambre des députés a été désigné samedi comme candidat du Mouvement 5 étoiles au poste de premier ministre, en vue des élections législatives de l’an prochain. La formation populiste lance ainsi sa campagne électorale

Il se présente sur la discrète terrasse de son hôtel avec le col de sa chemise ouverte. Il échange quelques mots avec son attaché de presse avant de retourner rapidement dans le bâtiment. Il en ressort quelques minutes plus tard, une cravate nouée autour du cou. Luigi Di Maio ne pouvait pas rompre avec son image propre sur lui. Pas aujourd’hui. Le vice-président de la Chambre des députés se présente dimanche matin devant une poignée de journalistes de la presse étrangère. Il n’a dormi que quelques heures après avoir fêté la veille au soir sa victoire. Le jeune Napolitain de 31 ans a été désigné candidat du Mouvement 5 étoiles (M5S) au poste de premier ministre en vue des prochaines élections législatives, attendues pour le printemps prochain. Près de 31 000 militants lui ont accordé leur voix sur quelque 37 000 votants. Son entourage espérait atteindre 100 000 participants à cette primaire en ligne. Le succès de l’élection est mitigé. «Il faut maintenant présenter notre programme et expliquer à tous quelle Italie nous voulons», explique très calmement le nouveau candidat. Son ton est aussi posé que la veille, lors de son discours d’investiture à Rimini devant plusieurs milliers de personnes. Le M5S avait donné rendez-vous à ses militants dans cette ville de la côte Adriatique, en Emilie-Romagne, pour sa kermesse annuelle.

Lancement de la campagne électorale

Sous le regard de Beppe Grillo, le fondateur de la formation populiste, Luigi Di Maio s’exprime alors que les confettis tombent encore devant la scène. «Je remplirai ma tâche avec discipline et honneur, lâche-t-il quelques secondes après la proclamation des résultats. Je vous promets que nous formerons une équipe de gouvernement qui nous rendra fiers pour la première fois dans l’histoire.» Avec ces paroles, il ouvre officiellement la campagne électorale du mouvement.

Luigi Di Maio a conquis cette victoire sans difficulté. Aucune figure majeure du M5S ne s’est présentée contre lui. Sept personnes ont essayé en vain de lui voler la vedette, mais n’ont recueilli au final que quelques centaines de voix. Le vice-président de la chambre basse du parlement est le candidat naturel du mouvement. Il se prépare depuis plusieurs années au poste de président du Conseil, ayant effectué des voyages institutionnels à l’étranger, rencontré des ambassadeurs européens et, récemment, tenu un discours à l’Université de Harvard, loin du terrain populaire sur lequel est né et a grandi sa formation.

L’élu napolitain est le visage présentable du M5S porté par le fantasque Beppe Grillo, dont les discours alimentés d’insultes rejettent depuis toujours la classe politique classique. Si les deux hommes portent les mêmes idées et le même programme «ni de gauche ni de droite», tout les oppose dans la forme. La voix calme et posée du premier tranche avec l’agitation, la turbulence et la force de celle du second. Le premier reste statique, droit dans son costume noir, quand le second s’agite sur scène, la parcourant de part en part jusqu’à l’essoufflement tout en haranguant les foules. Enfin, le premier est toujours rasé de près, les cheveux taillés courts, quand il suffit de voir apparaître une tignasse de cheveux blancs ébouriffés pour reconnaître le second.

Ce dernier a pourtant remis les rênes de sa créature politique entre les mains de son jeune dauphin. Luigi Di Maio, désigné candidat premier ministre, devient dans le même temps chef politique du M5S. Il prend la tête de la formation cinq ans après avoir été élu député en 2013 et après être devenu, à 26 ans, le plus jeune vice-président de la Chambre de la République italienne. Il a quitté la banlieue de Naples pour la capitale après avoir manqué l’élection comme conseiller communal à Pomigliano d’Arco, sa ville natale, et après avoir abandonné des études de droit.

Obstacles sur la route du pouvoir

Son ascension vers le pouvoir sera maintenant difficile. Les partis traditionnels tentent de barrer la route à son mouvement, cinq ans après qu’il a créé la surprise en raflant un quart des voix lors de sa première élection nationale. La nouvelle loi électorale encore en débat favoriserait les coalitions politiques, auxquelles le M5S s’oppose vivement.
Le leadership naissant de Luigi Di Maio est même déjà contesté à l’interne par des défenseurs des origines du mouvement, dont l’idéologie indique «qu’un élu en vaut un autre». Certains parlementaires étoilés craignent la concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme alors que leur garant, Beppe Grillo, est en train de se mettre en retrait. Lâchant tout le poids de la principale formation politique de la Péninsule sur les épaules de celui qui, il y a quelques années encore, était surnommé le «chiot» de la politique italienne.

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