Interview

Luigi Di Maio: «Le référendum à la Suisse, c’est une démocratie en adéquation avec son temps»

Luigi Di Maio est le candidat du Mouvement 5 étoiles au poste de président du Conseil pour les prochaines élections législatives du printemps 2018. Egalement vice-président de la Chambre des députés, il expose au «Temps» sa vision de l’Italie et de la démocratie

Luigi Di Maio, vice-président de la Chambre des députés, Napolitain de 31 ans, a été désigné samedi comme le candidat du Mouvement 5 étoiles (M5S) au poste de premier ministre en vue des prochaines élections législatives, au printemps prochain, et nouveau chef de la formation populiste. Son fondateur, et humoriste provocateur, Beppe Grillo, lui a laissé les rênes de la première force politique d’Italie. Luigi Di Maio a reçu Le Temps à Rimini, en Emilie-Romagne, où le mouvement organisait sa kermesse annuelle.

Le Temps: L’une des caractéristiques de votre mouvement est de faire participer vos militants à chacune de vos décisions. Vous prenez souvent la Suisse en exemple pour sa démocratie directe. En quoi est-elle pour vous un modèle et quelles sont les caractéristiques de sa démocratie qui vous intéressent?

Luigi Di Maio: L’utilisation des référendums, certainement. Nous voulons porter notre programme au gouvernement. Si nous y accédons, pendant que nous le réalisons, la société aura d’autres exigences et voudra décider ou intervenir sur des thèmes spécifiques. Soit de manière active, soit en étant consultée par les gouvernements locaux ou national. Une démocratie qui a la possibilité de consulter ses citoyens, de pouvoir vérifier quelles sont les sensibilités sur certains sujets, est selon moi une démocratie en adéquation avec son temps. La société d’aujourd’hui change tellement vite qu’un mandat de cinq ans est une ère géologique. Nous voulons par ailleurs faire cesser une pratique de la politique italienne indécente: les changements continus de parti. Nous sommes dans la législature avec le plus grand nombre de changements de groupes parlementaires de l’histoire. La moitié des élus a changé de groupe au moins une fois, certains jusqu’à six fois. L’existence des gouvernements actuels est devenue dépendante de ces changements. Nous voulons que ces changements soient soumis à l’approbation populaire.

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La démocratie participative n’existe-t-elle pas en Italie?

Si, les instruments de démocratie participative et directe existent déjà dans notre Constitution. Mais la politique a peur de mettre ces textes en œuvre. Nous sommes nés justement car nous refusons l’idée d’élire une personne et d’attendre cinq ans pour évaluer son travail. Durant un mandat, les citoyens doivent avoir la possibilité de stimuler la politique de ceux qui gouvernent ou de ceux qui sont dans l’opposition. Il faut des instruments qui permettent aux citoyens de participer effectivement à la vie publique.

La possibilité que votre mouvement accède au gouvernement effraie en partie les diplomaties européennes. Etes-vous vraiment eurosceptiques? Et comptez-vous toujours lancer un référendum sur l’euro?

L’Union européenne est un projet que nous voulons certainement changer, mais nous ne voulons pas le lâcher. Nous voulons rester au sein de l’UE, mais nous voulons changer les traités qui aujourd’hui font du mal à notre économie et à nos entreprises. Les élections allemandes étant passées, nous pouvons de nouveau en parler, car nous venons d’une saison d’élections politiques des grandes nations européennes qui a bloqué toute possibilité de modifications. Je parle du pacte budgétaire, de la possibilité d’introduire des euro-obligations, notamment.

Et le référendum sur l’euro?

Nos députés européens siègent aujourd’hui à Bruxelles pour revoir certains traités, comprendre quelles seront les prochaines politiques de la Banque centrale européenne (BCE). S’il y a des ouvertures, nous sommes complètement disponibles pour discuter et donc changer ensemble les règles du jeu. Dans le cas contraire, le dernier recours serait un référendum sur l’euro. Nous demanderions aux Italiens, de manière consultative, quoi faire.

L’immigration est aussi un thème européen important au cœur de la politique italienne. Votre mouvement est-il d’accord avec la nouvelle stratégie de Rome de passer des accords avec la Libye pour réduire les flux migratoires?

La stratégie actuelle du gouvernement italien est une stratégie de confinement qui ne peut pas durer. En 2014, nous avons proposé au parlement un texte voté par les deux tiers des députés qui indiquait comme solution un engagement de l’Union européenne dans les pays d’origine des migrants. Pas seulement avec une coopération internationale, mais surtout avec des lieux où ces personnes, à travers des agences de l’Union européenne sur place, puissent demander d’entrer dans un Etat européen. Nous pourrions ainsi filtrer les demandes pour comprendre qui y a droit, entre les réfugiés et les migrants économiques. De cette façon, nous mettrions un terme aux «voyages de l’espoir» [en traversant la Méditerranée] qui continuent de provoquer des morts. Et dans le même temps, cela nous permettrait de contrôler les flux. La seule chose à laquelle nous avons assisté est un code de bonne conduite introduit pour les ONG [opérant en mer]. Quand nous avions soulevé ce problème [de possibles collusions entre ONG et passeurs], tous s’étaient retournés contre nous, puis le ministre de l’Intérieur nous a suivis. Mais nous sommes très inquiets du fait que le gouvernement soit en ce moment en train de passer des accords avec des organisations non définies en Libye qui sont en train de violer les droits humains des migrants. Nous espérons des éclaircissements sur ce point.

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Qu’attendez-vous d’un gouvernement?

Aujourd’hui sur l’immigration, aucune politique à long terme n’est élaborée. Ces flux ne sont pas seulement liés aux guerres ou aux persécutions. Mais également au changement climatique. Travailler sur le ralentissement des flux migratoires signifie aussi commencer à investir dans l’environnement, agir sur l’exploitation des ressources naturelles en Afrique, commencer à respecter les objectifs de la COP21 de Paris. En somme, commencer à être un pays qui ait au gouvernement des hommes d’Etat et non des politicards.

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