Grande-Bretagne

L’UKIP s’affirme en force politique incontournable

Le parti anti-européen a lancé sa campagne électorale pour les législatives du 7 mai. Les sondages le créditent de 15% des voix, ce qui en ferait la troisième force politique du pays, loin devant les libéraux-démocrates

L’UKIP s’affirme en force incontournable

Grande-Bretagne Le parti anti-européen a lancé sa campagne électorale pour les législatives du 7 mai

Les sondagesle créditent de 15% des suffrages

A la sortie de la gare, une jeune mère de famille abreuve son fils de 3 ans de jurons: «Arrête immédiatement!» Ses cheveux teints en blond sont tellement tirés en arrière qu’ils semblent décoller son front. Sur les bancs, attendant le train, se trouvent une femme obèse et deux hommes à moitié édentés.

Bienvenue à Margate. La station balnéaire, dans le Kent (est de l’Angleterre) est décrépie. Partout, la peinture s’écaille. La salle des congrès, le Winter Gardens, a été construite en 1911 et ne semble avoir guère changé depuis.

C’est sur ce riche terreau de prospérité perdue que l’UKIP (United Kingdom Independence Party), le parti britannique anti-européen, a décidé de tenir son congrès de printemps. L’événement sert de lancement à sa campagne pour les élections législatives du 7 mai prochain.

Avant, personne n’aurait prêté attention à l’événement. Pas cette fois-ci. L’UKIP bouscule la politique britannique. Il a remporté les élections européennes l’an dernier, obtenant 27% des voix. Depuis quelques mois, il a deux députés, d’anciens conservateurs qui l’ont rejoint, avant de remettre leur siège en jeu et de remporter l’élection partielle. Les sondages le créditent depuis des mois d’environ 15% de soutien, ce qui en ferait la troisième force politique, loin devant les libéraux-démocrates (actuellement en coalition avec les conservateurs).

Nigel Farage, le charismatique et controversé leader de l’UKIP, est donc pris très au sérieux quand il prédit qu’il va remporter «de nombreux sièges». Il est lui-même candidat dans la circonscription qui comprend Margate. Un récent sondage le place nettement en tête, prenant le siège à la conservatrice sortante, qui ne se représente pas. «J’entends dire qu’on ne pourra remporter que quatre ou cinq sièges à travers le pays. Pour ce que j’en vois, on est parti pour en remporter quatre ou cinq rien que dans le Kent.»

Ce n’est pas ce que pensent les analystes politiques. Avec un scrutin à un tour, où seul celui qui a le plus de voix est élu, arriver second ne sert à rien. Pour un parti qui n’a pas de base locale historique, réussir une vraie percée est extrêmement difficile. Tout le défi pour Nigel Farage est de transformer ce qui était initialement un groupe de pression en un vrai parti politique. L’UKIP a multiplié par quatre le nombre de ses membres en trois ans, mais il peine à s’organiser pour une grande élection nationale.

Dans la salle du Winter Gardens, un millier de personnes surchauffées sont venues soutenir leur leader. Des hommes en grande majorité, et des cheveux blancs, quasiment exclusivement. Contrairement aux grand-messes des partis travailliste et conservateur, il règne pourtant une certaine fraîcheur. La plupart des activistes n’ont jamais «fait de politique». Souvent, ils n’ont rejoint l’UKIP que depuis un ou deux ans, comme cette ancienne directrice d’école, qui a pris sa carte de membre l’an dernier, après avoir toujours voté conservateur. «Nigel Farage est le seul qui écoute les gens de la rue.» «Le seul à dire tout haut ce que les gens racontent au pub», ajoute un autre. «Je ne supporte plus le système et l’establishment», crache encore un militant.

Leur analyse se résume en peu de mots. Le Royaume-Uni doit sortir de l’Union européenne (UE) pour retrouver sa «fierté». Et il faut mettre fin à l’immigration de masse. «Le pays déborde de partout. Les écoles sont pleines d’enfants qui ne parlent pas anglais, les listes d’attente chez le médecin s’allongent.» Seule solution: sortir de l’UE, pour «retrouver le contrôle de nos frontières», affirment-ils. Quant aux accusations de racisme contre l’UKIP, qu’ils rejettent tous avec véhémence, elles semblent électoralement contre-productives.

Cette assemblée de retraités polis, des anciens commerçants et artisans en grande partie, se serre les coudes dans une atmosphère de victimisation. «Vous allez être insultés comme jamais pendant les 70 prochains jours, prévient Nigel Farage. Je compte sur vous pour tendre l’autre joue et ne pas répondre.»

«Nigel Farage est

le seul à dire tout haut ce que les gens racontent au pub»

Publicité