Délégué du CICR tué: soupçons contre Kiev

Ukraine Human Rights Watch a enquêté sur un bombardement aveugle contre Donetsk

Le Neuchâtelois Laurent Du Pasquier a-t-il été tué par un bombardement aveugle des forces ukrainiennes? Le délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est mort le 2 octobre à Donetsk, la capitale du Donbass tenue par les séparatistes pro-russes. Mercredi à Genève, Human ­Rights Watch (HRW) détaillait les conclusions d’une mission dans l’est de l’Ukraine sur l’utilisation de bombes à sous-munitions. Des armes interdites par un traité international mais que ni l’Ukraine ni la Russie n’ont signé.

Armes indiscriminées

L’ONG de défense des droits de l’homme est formelle: le délégué du CICR a péri alors que le centre de Donetsk était sous le feu de ces armes aux effets indiscriminés. Selon HRW, au moins cinq roquettes de type Uragan (ouragan), contenant chacune 30 sous-munitions, ont été tirées sur la ville densément peuplée le 2 octobre, le jour de la mort de Laurent Du Pasquier, puis le 5 octobre. Témoignages concordants ou vidéos, les éléments rassemblés sur place par l’ONG désignent «de façon écrasante» les forces ukrainiennes alors stationnées au sud-ouest de Donetsk. Un journaliste du New York Times est arrivé aux mêmes conclusions. «Attention, cela ne veut pas dire que nous accusons l’Ukraine d’avoir tué Laurent Du Pasquier, précise Stephen D. Goose, responsable du dossier armement à HRW. Nous n’avons pas eu accès à la dépouille du délégué, ni au rapport d’autopsie.»

Au siège du CICR, on ne se prononce pas sur ces éléments troublants. «Il n’est pas dans notre habitude de commenter les rapports d’autres organisations», répond Anastasia Isyuk, porte-parole de l’institution. «Toutes les informations sur la mort de notre collègue sont les bienvenues et nous attendons les conclusions de l’enquête menée par les autorités ukrainiennes. Pour l’instant, nous avons retiré tous les expatriés de Donetsk.» Le CICR dit ne pas mener sa propre investigation. Au siège, on estime que le délégué se trouvait sans doute «au mauvais endroit, au mauvais moment», contrairement au chef de la mission en Libye délibérément assassiné en juin dernier.

«Une mise en scène»

La mission ukrainienne à Genève a rejeté la responsabilité des tirs de bombes à sous-munitions contre Donetsk sur les séparatistes soutenus par Moscou. «Vous avez été victimes d’une mise en scène des terroristes», a lancé une diplomate ukrainienne aux chercheurs de HRW. «Nous maintenons toutes nos conclusions», lui a répondu Stephen D. Goose.

HRW a dénombré 23 impacts près du bureau du CICR. «La plupart des projectiles sont tombés sur le toit d’un supermarché, sans toutefois faire de victimes», explique Mark Hiznay, de HRW, qui s’est rendu dans l’est de l’Ukraine du 7 au 16 octobre. «Avec mon collègue, nous sommes allés deux fois devant le bureau du CICR dans le centre de Donetsk et nous y avons passé trois heures en tout», raconte-t-il. «Le bureau était vide. Mais on pouvait encore clairement voir deux impacts près de l’endroit où gisait le corps de Laurent Du Pasquier. Les deux ­impacts étaient ceux de sous-munitions. Nous avons immédiatement reconnu les lieux, car nous les avions vus sur une vidéo», poursuit Mark Hiznay.

Les images en question avaient été postées sur YouTube par les «forces patriotiques du Donbass», les séparatistes, juste après le drame. On y voit le corps brûlé et ensanglanté de l’humanitaire. Des inconnus fouillent dans ses poches et exhibent son passeport suisse à la caméra.