Confrontations

L’Ukraine bascule à nouveau dans la violence

L’est de l’Ukraine compte ses premiers morts par balles. La contre-offensive de Kiev pour reprendre la région est un échec

L’Ukraine bascule à nouveau dans la violence

Confrontation L’Est de l’Ukraine compte ses premiers morts par balles

La contre-offensive de Kiev pour reprendre la région est un échec

La première tentative du gouvernement central de Kiev pour contrer la montée en puissance des forces séparatistes pro-russes a échoué. L’assaut donné dimanche contre la ville de Slaviansk (120 000 habitants, 150 kilomètres au nord de Donetsk) a été repoussé.

Bien coordonnées, les forces pro-russes ont ouvert le feu sur les hommes du SBU (sécurité d’Etat ukrainienne), tuant au moins l’un d’entre eux et en blessant neuf autres. Les forces pro-russes bénéficiaient en outre d’un bouclier humain constitué par des centaines d’habitants de la ville, venus les soutenir, d’après les témoins. L’attaque aurait également fait un nombre de victimes indéterminé du côté pro-russe.

L’expert militaire ukrainien Dmitry Tymchuk chiffre à 600 les forces armées séparatistes, auxquelles il ajoute un groupe de 500 activistes dont une moitié serait à la solde d’oligarques et l’autre moitié sous l’autorité de bandits. Pour lui, ces forces sont coordonnées par le GRU (renseignement militaire russe).

De nombreux commentateurs ukrainiens voient se profiler la répétition du scénario de Crimée dans l’est de l’Ukraine. Le Ministère des affaires étrangères ukrainien déclare «posséder des preuves concrètes de la participation des services spéciaux russes dans la révolte séparatiste et dans la capture d’administrations d’Etat dans l’est de l’Ukraine […] les preuves seront présentées à la communauté internationale lors de la réunion [entre les parties concernées] du 17 avril à Genève».

Au moins six villes de taille moyenne sont passées sous le contrôle des séparatistes russes durant le week-end. «Petits hommes verts» ou «touristes de Poutine» pour les uns, «patriotes russes» pour les autres, ils poussent comme des champignons dans les villes du Donbass. De plus en plus souvent armés et de plus en plus agressifs au fil des jours.

A Donetsk, la capitale régionale, ils sont pour l’instant sans armes. Mais depuis le bâtiment de l’administration régionale, qu’ils occupent depuis une semaine, ils exhortent la population locale à s’engager dans «l’armée populaire de la république autonome de la région de Donetsk», pour combattre aux côtés de «leurs frères patriotes de Slaviansk». «La Russie est avec vous, la Russie ne vous laissera pas tomber. Honte à l’Ukraine, vive la Russie!» poursuit un autre orateur devant quelques centaines de sympathisants rassemblés sous le crachin.

L’atmosphère est calme, contrairement à celle des villes de Marioupol ou Kharkiv, où des activistes pro-Kiev ont été tabassés par des séparatistes. Mais les mots sont lourds de menaces. «Les fascistes pro-américains de Kiev ont commencé aujourd’hui le génocide des Russes!» clame un autre orateur. La surenchère des mots semble préparer le terrain à des violences comme celles qui ont déjà éclaté dans plusieurs villes de la région du Donbass.

La placidité des agents de police semble en décalage avec le climat insurrectionnel, mais elle s’explique en partie par le fait que le Ministère de l’intérieur régional est en pleine décomposition. Samedi, le chef de la police de Donetsk a présenté sa démission immédiatement après que le siège du ministère a été pris d’assaut par les pro-russes.

«Il n’avait pas vraiment le choix», estime Viktor Sokolov, expert à l’Institut Gorshenin de Kiev. «De toute évidence, il n’est pas parvenu à maintenir l’ordre ces dernières semaines dans la région et il aurait de toute façon été limogé.» Pour l’expert, «le problème principal de la police dans l’est de l’Ukraine, c’est sa profonde corruption. Tous les dirigeants du ministère sont liés avec l’ancien régime [de Victor Ianoukovitch] et même s’il y a eu une purge au sommet, l’échelon intermédiaire n’a pas été renouvelé. Dans les faits, ils sabotent les efforts de Kiev pour rétablir l’ordre.»

La passivité des forces de l’ordre exaspère bon nombre d’habitants de Donetsk, qui sont dans leur majorité à la fois opposés au gouvernement de Kiev et à un sort comparable à la Crimée. «Si la police ne fait rien, nous allons voir arriver des hommes armés d’un moment à l’autre», s’indigne Oleg Tsypka, un retraité observant de loin la manifestation séparatiste. D’autres s’irritent de l’omniprésence en ville d’hommes vêtus de camouflages, parfois masqués et arborant le «ruban de Saint-Georges» [plus haute décoration militaire soviétique des vétérans de la Seconde Guerre mondiale]. «De quel droit s’arrogent-ils ce symbole de la bravoure?» grommelle une passante se joignant à la conversation. «Les vrais patriotes, on les a vus à l’action entre 1941 et 1945. Ceux-là sont des soiffards ou des mercenaires.»

«Les fascistes pro-américains de Kiev ont commencé le génocide des Russes!» clame un orateur à Donetsk

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