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L’ukrainien cède du terrain dans les écoles de Donetsk

Dans l’est de l’Ukraine sous contrôle pro-russe, le bilinguisme cède du terrain. La République populaire de Donetsk favorise progressivement l’enseignement en russe, avec la bénédiction de Moscou

La langue ukrainienne cède du terrain dans les écoles de Donetsk

Ukraine Moins de classes en ukrainien pour la rentrée dans le Donbass

Dans le Donbass, le front fait du surplace depuis plusieurs mois, mais la bataille se poursuit pour les cerveaux de la jeunesse. Dans l’école n° 30 de Donetsk, la rentrée des classes s’est effectuée mardi dans une école réparée juste à temps pour le 1er septembre. Situé en périphérie sud de cette ville d’un million d’habitants sous contrôle pro-russe, l’établissement a été frappé à trois reprises par des bombardements au cours des derniers mois, note le directeur, Alexeï Krivoroutchko. Ces obus n’ont fait aucune victime, mais la guerre, qui dure depuis un an et demi, a fait 6800 morts et chamboule tout, jusqu’aux programmes scolaires.

«Nous n’avons plus que deux classes en langue ukrainienne cette année, explique Alexeï Krivoroutchko. Les familles sont beaucoup moins nombreuses qu’avant [le conflit] à placer leurs enfants dans le cursus en langue ukrainienne. Or, les autorités de la République populaire de Donetsk [RPD] ont établi un seuil minimum de 16 élèves pour la formation d’une classe.»

Dans la région de Donetsk, majoritairement russophone, les élèves ont depuis plusieurs décennies le choix entre deux cursus, l’un entièrement en langue ukrainienne, l’autre entièrement russophone, de la maternelle jusqu’à l’université.

Mais les bombardements sur les zones habitées de Donetsk, dont les forces armées ukrainiennes et pro-russes se rejettent mutuellement la responsabilité, ont considérablement fait baisser la popularité de tout ce qui est ukrainien. D’autres facteurs, comme le blocus économique par Kiev des zones sous contrôle pro-russe ou la propagande virulente menée par les deux camps, ont encore creusé le fossé.

«Ici, nous sommes Russes, nous avons toujours été Russes, et nous ne voulons plus rien avoir affaire avec cette Ukraine qui nous bombarde depuis un an et demi», fulmine Tatiana Marguelov, dont les trois enfants étudient dans une école du centre-ville. «J’aimerais autant que mes enfants apprennent une autre langue que l’ukrainien, qui ne leur servira à rien!» dit-elle en venant chercher sa fille cadette après le premier jour de classe.

Campagne d’intimidation

Tandis que les pro-russes clament haut et fort leur dégoût de l’Ukraine, les partisans de l’autre camp, clairement en minorité, évoquent à voix basse une campagne d’intimidation. «Je suis forcé d’envoyer ma fille dans un cursus en russe, alors qu’elle a fait toute sa scolarité en ukrainien», glisse tristement Mykola, qui préfère taire son nom de famille. «Dans le quartier, certains me regardent de travers parce qu’ils connaissent mes opinions. Il règne un climat d’intimidation permanent depuis un an. C’est un comble, car les séparatistes [pro-russes] justifient leur soulèvement parce qu’on leur a prétendument interdit de parler russe.»

Le directeur de l’école n° 30 remet prudemment les choses à plat. «Notre région est historiquement bilingue. Les enfants s’adaptent bien à ce système. Ils peuvent étudier en ukrainien et parler en russe dans leurs familles. Ou l’inverse. Dans tous les cas, mon école s’adapte à la situation politique et à la demande des parents. A mon avis, il n’y a pas eu de pression sur les familles pour qu’elles passent à la langue russe. C’est juste le climat politique qui veut ça.»

Officiellement, la langue ukrainienne n’est pas exclue des programmes. La ministre de l’Education du gouvernement autoproclamé, Larissa Polyakova, a rappelé la semaine dernière que la Constitution de la RPD définit deux langues officielles, le russe et l’ukrainien. «Nous ne supprimons pas la langue ukrainienne, du moins tant que la Constitution n’est pas modifiée. Mais nous avons réduit le nombre d’heures de langue ukrainienne, car notre priorité est la langue russe», a indiqué la ministre, qui remercie la Russie d’avoir envoyé le 27 août un «convoi humanitaire» chargé de dizaines de milliers de manuels d’histoire et de littérature russe.

Car la russification dépasse largement le cadre linguistique. «Les écoles ont déjà reçu de nouveaux manuels d’histoire, de langue et de littérature, affirme la ministre. Pour les mathématiques et la physique, on continuera à utiliser les anciens manuels.»

U Le bilan des heurts violents de lundi, devant le parlement, entre forces de l’ordre et manifestants, notamment du parti d’extrême droite Svoboda, s’est alourdi à trois morts après les décès de deux policiers dans la matinée; 141 personnes sont hospitalisées, dont certaines dans un état grave. (AFP)

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