Espagne

L’ultimatum de Ciudadanos pour moderniser l’Espagne

Le parti centriste pose six conditions pour participer à un gouvernement dirigé par Mariano Rajoy. Des mesures qui bousculent le Parti populaire et les institutions espagnoles

Eclaboussée par les affaires de corruption, sans majorité absolue pour former un gouvernement, la droite espagnole n’a jamais été aussi acculée. Sa planche de salut pourrait être le petit parti centriste, Ciudadanos, qui a permis de sortir l’Espagne de l’impasse politique après huit mois de blocage et deux scrutins législatifs. Son leader, le jeune et fringuant Albert Rivera dont la rénovation politique est son mot d’ordre, a posé six conditions à son soutien au conservateur Mariano Rajoy, à la tête du pays depuis 2011 et désormais chef du gouvernement par intérim depuis les législatives de décembre.

En acceptant les exigences de Ciudadanos, Mariano Rajoy s’assure le vote des 34 députés centristes le jour de l’investiture, dont le débat a été fixé au 30 août. Mais surtout, il accepte de faire le ménage au sein de sa propre formation, laquelle est réputée pour son hermétisme et son refus à tout changement. «Si réellement, le Parti populaire met en pratique les conditions de Ciudadanos, nous allons assister à une surprenante régénération au sein de la droite et même au sein des institutions espagnoles», remarque le professeur de Sciences politique Fernando Vallespin.

Luis Barcenas comme cible

Les exigences d’Albert Rivera touchent à la corde sensible du Parti populaire (PP). Parmi celles-ci, la levée de l’immunité parlementaire, l’expulsion systématique des élus mis en examen dans des affaires et la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le financement illégal présumé du parti conservateur. Dans la ligne de mire, figure l’ex-trésorier du Parti populaire, Luis Barcenas, accusé d’avoir maintenu une comptabilité occulte durant 18 ans. Le Parti populaire est, depuis le 26 juillet, poursuivi pour la destruction des disques durs de cet ancien trésorier.

Selon ce dernier, son ordinateur renfermait justement les preuves d’un financement irrégulier du PP. «Cette formation doit faire peau neuve et dispose de trois mois pour expulser tous les membres mis en examen, à commencer par l’ex-maire de Valence, la pétulante Rita Barbera dont la gestion est actuellement dans le viseur de la justice», assure le politologue Josep Ramoneda.

Si la lutte contre la corruption est le point d’orgue de Ciudadanos, les centristes exigent également une refonte de la loi électorale au profit des formations nationales plus modestes. Cette mesure a toujours été refusée par les deux grands partis espagnols le PP et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), lesquels risqueraient de perdre un nombre important de députés. Albert Rivera entend augmenter la proportionnalité, ce qui bénéficierait à sa formation et à celle de Podemos, le parti anti-austérité. Dans le même ordre, il a demandé de limiter à deux le mandat présidentiel.

Simplification des institutions

Ces mesures de régénération démocratique n’ont pas surpris la présidente de la région de Madrid, Cristina Cifuentes, qui gouverne grâce au soutien de Ciudadanos. Deux élus de son équipe ont dû démissionner l’an dernier après avoir été impliqués dans un scandale de détournement de fonds. Cristina Cifuentes est l’une des représentantes de la jeune garde du PP qui réclame, de plus en plus ouvertement, une modernisation et un renouvellement de la droite espagnole, mais aussi des institutions.

La simplification des institutions et du système démocratique, qui n’a pas évolué depuis la fin du franquisme est l’autre grand chantier exigé par les centristes. Ciudadanos appelle à une cure d’amincissement des institutions espagnoles. Au programme des négociations visant un accord sur l’investiture de Rajoy, Ciudadanos espère poser sur la table la question du Sénat et des «Diputaciones», ces institutions publiques dont les provinces sont dotées. Albert Rivera demande la diminution du nombre de sénateurs et la suppression de ces «Diputaciones» considérées comme des «doublons» des gouvernements régionaux.

Si les centristes de Ciudadanos obtiennent gain de cause, ce serait une victoire importante pour ce jeune parti, quatrième force politique avec 13% des voix, et qui a su se rendre déterminant pour la formation d’un gouvernement en Espagne et pour la régénération des institutions.

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