Israël se retrouve à nouveau dans une impasse. Le premier ministre Benyamin Netanyahou et son ex-rival Benny Gantz n'ont pas réussi à s'entendre sur un gouvernement «d'union et d'urgence», à l'issue jeudi de leur ultimatum.

Après 16 mois de gouvernement de transition, trois élections législatives et des rebondissements les plus improbables et parfois les plus désespérants pour certains Israéliens, les équipes de Benyamin Netanyahou et Benny Gantz se sont retrouvées mercredi soir après la fin des festivités de la Pâque juive, Pessah, ont-elles annoncé dans un communiqué conjoint.

Le futur gouvernement pourrait être décidé par les parlementaires

Avec l'assentiment d'une majorité de parlementaires après les législatives du 2 mars, le président Reuven Rivlin avait accordé à Benny Gantz le mandat de former le prochain gouvernement. Et ce dernier avait causé la surprise en disant accepter de former un gouvernement avec Benyamin Netanyahou, ce qu'il refusait jusque-là accusant notamment le premier ministre de corruption.

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Au cours des deux dernières semaines, les deux ont multiplié les pourparlers au point où, après l'expiration du mandat de Benny Gantz, lundi soir, le président avait décidé in extremis de remettre un jeton dans la machine à négociations accordant ainsi aux deux leaders jusqu'à minuit (23 heures mercredi en Suisse) pour trouver un accord de gouvernement.

Mais passé minuit, le mandat de Benny Gantz a bien expiré, a confirmé à l'Agence France-Presse (AFP) une source à la présidence. En théorie, le président israélien pourrait redemander aux parlementaires de lui recommander un autre élu pour tenter de former un gouvernement et sortir Israël d'une crise politique sans précédent et ce en pleine crise du nouveau coronavirus qui y a contaminé plus de 12 000 personnes, dont 130 sont décédées.

Des désaccords sue les ministres de la justice et de la défense

Les dernières semaines ont montré des tensions entre les camps Netanyahou et Gantz sur le choix notamment du futur ministre de la justice, qui sera aux commandes pendant le procès de Benyamin Netanyahou, poursuivi pour corruption, malversation et abus de confiance dans trois affaires. Le procès du leader du Likoud devait s'ouvrir à la mi-mars. Mais les mesures de confinement pour tenter de juguler la crise du Covid-19 ont forcé, comme dans de nombreux pays, la fermeture des tribunaux et donc le report du procès.

Des désaccords semblent aussi persister sur la nomination d'un ministre de la défense - Benny Gantz et son acolyte Gaby Ashkenazi étant d'ex-chefs d'état-major -, ainsi que sur le projet d'annexion de la Vallée du Jourdain en Cisjordanie occupée.

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Après avoir été initialement désigné pour former le gouvernement, Benny Gantz, qui il y a encore quelque temps refusait de participer à un gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou en raison de son inculpation pour corruption, a mis de l'eau dans son vin en renonçant, à court terme du moins, à son projet de devenir premier ministre et en consentant à participer à un gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou. Un projet qui a contribué à l'implosion de sa propre coalition centriste Kahol Lavan (Bleu-Blanc, les couleurs du drapeau israélien). Des ténors de son parti ont refusé de le joindre dans sa politique de la main tendue à Benyamin Netanyahou, qui a désormais face à lui une opposition affaiblie.

Des interrogations sur les intentions de Benyamin Netanyahou

Après ces rounds de discussions sans résultat probant, nombre d'éditorialistes s'interrogent sur les intentions du premier ministre sortant: Benyamin Netanyahou veut-il vraiment partager le pouvoir avec Benny Gantz?

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Surfant de surcroît sur des sondages d'opinion très favorables qui plébiscitent sa gestion de la pandémie - Israël ayant été nommé le pays le plus sûr, devant l'Allemagne, selon une étude du consortium DKV -, le premier ministre pourrait jouer l'attentisme afin de provoquer une quatrième élection et rester d'ici là aux commandes du pouvoir.