Une délégation iranienne de haut rang s'est rendue mercredi à Vienne, au siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), pour une ultime tentative de conciliation dans la crise nucléaire iranienne.

Décidée dans la précipitation, la mission emmenée par Gholamreza Aghazadeh, vice-président iranien et directeur de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), n'avait guère de chances, cependant, d'infléchir la position de l'AIEA et de son directeur général, Mohamed ElBaradei. Celui-ci doit remettre vendredi au Conseil de sécurité des Nations unies un rapport sur l'état du programme nucléaire iranien. En toute logique, le document sera des plus «négatifs» pour Téhéran. Le 29 mars, le Conseil de sécurité avait donné trente jours à la république islamique pour cesser d'enrichir l'uranium et renouer une pleine coopération avec l'AIEA.

Or, non seulement l'Iran n'a pas suivi ces injonctions, mais il a multiplié les provocations, érigeant en symbole de sa souveraineté «le droit légitime à maîtriser le cycle nucléaire». Il a lancé la production industrielle d'uranium enrichi à 3,5%, annonçant le 11 avril avoir remis en service une «cascade» de 164 centrifugeuses P1 sur le site de Natanz. Cette nouvelle a pris de court Mohamed ElBaradei, qui se trouvait au même moment à Téhéran pour une mission «de la dernière chance», dans le but d'obtenir la suspension de l'enrichissement d'uranium et la reprise de la coopération avec ses inspecteurs.

Le 17 avril, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad déclarait que l'Iran menait des «travaux de recherche» sur un modèle perfectionné de centrifugeuses, de type P2. Une nouvelle couleuvre à avaler pour l'AIEA, après la découverte en 2003 que les plans de ces centrifugeuses avaient été fournis à l'Iran en 1994 par le «réseau A.Q. Khan», la nébuleuse pakistanaise à l'origine d'un «marché noir mondial du nucléaire». Jusqu'ici, Téhéran a toujours nié s'intéresser à de telles machines, capables de produire le combustible nécessaire à la fabrication d'armes nucléaires.

Mardi, le guide suprême de la révolution islamique, Ali Khamenei, a franchi une nouvelle ligne rouge, proposant d'exporter à terme la technologie nucléaire iranienne. La preuve d'une attitude «irresponsable», selon l'ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton.

Menaces de Téhéran

Face à la menace de sanctions internationales, les Iraniens menacent désormais de couper les ponts avec l'AIEA, voire de sortir du Traité de non-prolifération (TNP), dont l'Iran est pourtant un membre fondateur depuis 1970. Pour l'ancien président Ali Hachemi Rafsandjani, l'AIEA a «failli à son devoir d'aider les pays à jouir de leur droit à la technologie nucléaire». Ali Larijani, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, a annoncé pour sa part que l'Iran allait étendre ses installations pour l'enrichissement de l'uranium et qu'une attaque militaire pour les détruire déboucherait sur l'instauration d'un programme «enterré» en profondeur, définitivement inaccessible aux missiles comme aux inspecteurs de l'AIEA.

De source diplomatique, il se murmurait hier à Vienne que Gholamreza Aghazadeh aurait proposé à l'AIEA de ne plus chercher à développer le site de Natanz, qui pourrait accueillir jusqu'à 54000 centrifugeuses, en échange du droit à poursuivre l'enrichissement de l'uranium. Cette idée a été catégoriquement rejetée par les Etats-Unis et l'Union européenne, qui attendent du Conseil de sécurité qu'il oblige Téhéran à obtempérer.