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A l’UMP, la guerre des chefs a débuté

En annonçant sa candidature pour reprendre la présidence du parti à l’automne, l’ex-premier ministre François Fillon entre en opposition frontale avec Jean-François Copé, son actuel patron. Au risque d’exaspérer, voire de démobiliser les électeurs de droite

L’unité de façade n’a pas tenu jusqu’aux législatives. Malgré l’injonction de rassemblement lancée par Nicolas Sarkozy à son parti au lendemain de sa défaite, malgré les dénégations des ténors de l’UMP réunis quelques jours plus tard, la guerre des chefs a débuté entre l’ancien premier ministre François Fillon et l’actuel secrétaire général du parti, Jean-François Copé.

François Fillon a lancé l’offensive le premier, dans une interview accordée au Figaro Magazine à paraître le 25 mai. Le Sarthois, désormais en campagne pour les législatives à Paris, affirme que «depuis le départ de Nicolas Sarkozy, il n’y a plus, à l’UMP, de leader naturel. Donc, il y aura une compétition» au moment de l’élection à la présidence de l’UMP, qui aura lieu l’automne prochain. Visant son rival sans le nommer, il ajoute qu’un «débat démocratique» devra alors se tenir «pour choisir la direction et la ligne politique de l’UMP». Il s’agira de «dégager un vrai projet, une vraie vision pour la France. Notre pays n’a pas besoin d’un affrontement partisan sans perspective», mais «d’une droite républicaine qui donne de l’espoir et qui rassemble». L’ancien premier ministre ajoute: «Je prendrai toute ma part à cette compétition», une manière de confirmer sa candidature pour reprendre le parti.

Cette annonce intervient quelques jours après une conférence de presse de Jean-François Copé, au cours de laquelle celui-ci a vivement attaqué les socialistes, dans la droite ligne de la campagne présidentielle, très dure, qui a heurté les gaullistes sociaux. Pour inciter les électeurs à se détourner de l’extrême droite, le patron de l’UMP s’en est violemment pris à la Garde des Sceaux, Christiane Taubira: «Je dis aux Français qui ont envie de voter Front national qu’en votant FN on a la gauche qui passe, […] on a Taubira et l’annulation des tribunaux correctionnels pour mineurs.»

Hier, Jean-François Copé, candidat dans sa ville de Meaux, a tenté de calmer le jeu, insistant sur la nécessité du rassemblement en vue des élections législatives de juin. Mais François Fillon a maintenu ses propos, confirmant ses ambitions à la radio.

Le duel des deux ténors aura-t-il un impact sur les législatives? «C’est un événement à suivre, car une guerre ouverte sera très négative pour l’UMP. Elle peut avoir une influence réelle sur le scrutin», estime le politologue Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. «Elle est de nature à agacer et démobiliser les électeurs de droite, dont certains risquent de voter pour le FN par exaspération.» Cela à un moment où la droite du gouvernement est déjà dans «une situation épouvantable».

C’est aussi «la première fois que des élections législatives se jouent sans figure claire du chef à droite», poursuit Dominique Reynié. Cet élément ajoute de l’incertitude, alors que, pour le politologue, le résultat des 10 et 17 juin est déjà «très ouvert, car la situation est instable et incertaine. L’élément du rejet de Nicolas Sarkozy a disparu, ce qui modifie le paysage.»

Le résultat sera en outre fortement influencé par l’abstention. Selon les estimations de Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po et directeur du Cevipof, elle pourrait s’élever à 34-35%: «On s’attend à un gros différentiel avec la participation à la présidentielle, car les électeurs de droite peuvent considérer que la messe est dite et qu’il n’y a pas besoin de se déplacer.» Les deux politologues viennent de lancer une application web permettant de simuler les résultats des législatives circonscription par circonscription, en fonction des pronostics d’abstention et de résultat des candidats.

Pour Pascal Perrineau, même si la gauche «ne connaît pas d’état de grâce», la cohabitation engendrée par une victoire de la droite reste peu probable. Elle ne s’est jamais produite dans les élections législatives du même type – celles de 1981, 1988, 2002 et 2007 – qui ont directement suivi la présidentielle. Dans ces cas, «la logique dominante est celle d’une ratification ou d’une amplification du choix de la présidentielle, non d’une inversion». La seule exception est celle de 1988, qui a connu une certaine «rectification», puisque la gauche n’a obtenu qu’une majorité relative. «La cohabitation, rappelle Pascal Perrineau, n’a jamais été un choix stratégique des Français.» La guerre des chefs à droite devrait encore renforcer cette ligne de conduite.

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