Des drapeaux bleu, blanc, rouge tourbillonnants. Des ­T-shirts barrés de ce slogan: «2012: we have a second dream.» Les jeunes UMP debout sur leurs sièges pour scander en rythme: «Nicolas, Nicolas». La «grande famille» UMP s’est réunie trois jours durant à Marseille, en campus d’été, pour lancer la campagne présidentielle de 2012.

Les 6000 adhérents présents s’en félicitent: contrairement aux socialistes, ils ont un candidat naturel, Nicolas Sarkozy, et nul besoin de se déchirer pour le désigner. Le patron du parti, Jean-François Copé, peut le marteler comme un mantra: «Mon objectif, c’est une UMP rassemblée à travers toutes ses composantes et ses sensibilités, dans toute sa diversité.»

«L’unité autour du président de la République», ce fut le mot d’ordre du campus. Le cœur du «pacte de Marseille», comme l’a appelé le premier ministre François Fillon, dans son discours de clôture. Pourtant, le rassemblement, condition sine qua non de la victoire en 2012 selon tous les ténors du parti, a souffert de quelques écarts. Comme dans une famille nombreuse, certains aiment faire entendre une voix discordante, prendre leurs libertés, jouer aux trublions.

Ce fut le cas de l’ancien premier ministre et sénateur Jean-Pierre Raffarin, qui est arrivé au campus après une crise de mauvaise humeur contre Nicolas Sarkozy. Les deux hommes se sont affrontés – avant de se réconcilier – sur le projet gouvernemental de taxe sur les parcs d’attraction. Un impôt critiqué par le sénateur, au motif qu’il pénaliserait les Français à revenus modestes, ceux qui ne partent pas en vacances et fréquentent souvent ces lieux. Jean-Pierre Raffarin n’est pas le seul dans son cas. De nombreux parlementaires UMP partagent son point de vue. Et samedi, l’ancien premier ministre annonçait que le gouvernement avait reculé sur cette source de recettes estimée à 90 millions d’euros.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture et délégué général au programme pour la campagne de 2012, a aussi soulevé des réactions. Son discours sur les grandes lignes du projet présidentiel devait constituer un moment fort du campus. Mais deux propositions du ministre, déflorées dans une interview à L’Express, n’ont pas plu aux élus du parti: la fiscalisation des allocations familiales et l’idée de limiter les indemnités chômage des cadres à hauts salaires. Résultat: ces axes se sont transformés en idées personnelles et peu de projets saillants ont émergé d’un discours qui a longuement fustigé les propositions du PS, comme l’ont fait tous les orateurs de ce week-end décrété «anti-La Rochelle», la ville dans laquelle s’est déroulée l’université d’été des socialistes. La méthode plaît à la salle qui siffle et conspue vigoureusement les socialistes.

Le projet, «qui ne coûtera pas un centime d’euro supplémentaire à la France», contrairement à celui du PS, accuse Bruno Le Maire, mise sur la poursuite de la réforme de l’Etat, des réductions de la dépense publique et sur le redressement des comptes. François Fillon l’a ensuite déclaré avec emphase: «La question de la dette devra être au centre du débat présidentiel. Non que l’orthodoxie budgétaire soit une fin en soi, mais parce que le maintien de notre souveraineté nationale n’autorise aucun laxisme.»

L’UMP entend aussi faire une large place au thème de l’éducation. Le parti présidentiel propose une plus grande personnalisation des enseignements, davantage d’autonomie pour les chefs d’établissement et les équipes éducatives, voire la fin du «collège unique», soit des classes de niveau secondaire 1 (les 11-15 ans), dans lesquelles tous les élèves, quels que soient leur niveau et leurs points forts, suivent le même cursus.

Autre piste dont Nicolas Sarkozy a déjà souvent parlé: favoriser la formation en alternance – autrement dit l’apprentissage –, relativement peu développé en France. Enfin, l’UMP, toujours critique envers le poids des charges sociales sur les salaires, envisage de «modifier le financement de la protection sociale pour qu’il pèse moins sur le travail». La sécurité (renforcement de l’application des peines ou construction de prisons) n’apparaît pas en pole position, ni d’ailleurs les questions d’immigration.

Un programme insipide et manquant d’ambition? comme l’a dénoncé Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine, dans Le Monde. Jean-François Copé s’en défend: «C’est un rapport d’étape, un point de départ. Le texte final sera adopté en novembre.»

De toute manière, il est surtout conçu comme une source d’inspiration pour Nicolas Sarkozy, qui décidera de lui-même, comme le glisse son conseiller Henri Guaino, de ses thèmes de campagne.