Dans le hall d’entrée de l’UMP, l’affiche de campagne de Nicolas Sarkozy montrant un président-candidat au regard grave sur fond de «France forte» est encore là. «Rendre à chacun la maîtrise de son destin», «Contrôler l’immigration, c’est réussir l’intégration»: à l’accueil, sur le comptoir, les tracts aussi attendent preneur. Au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy qui a recueilli 48,38% des suffrages tandis que François Hollande en obtenait 51,62%, l’ensemble des dirigeants et des personnalités qui comptent au sein du parti se sont réunis pour un bureau politique exceptionnel. A l’ordre du jour: analyser la situation, se projeter dans l’avenir, fixer des lignes de conduite et de communication.

Ils en sont ressortis en fin d’après-midi avec le même message aux lèvres: unité et rassemblement, mobilisation générale jusqu’aux élections législatives des 10 et 17 juin prochains. «Ceux qui voulaient du sang n’en auront pas», ironise le ministre des Transports Thierry Mariani. «Il n’y aura pas de guerre des chefs», ajoute Benoist Apparu, son collègue responsable du Logement. «De toute façon, on n’a absolument pas le choix», estime Rachida Dati, l’ancienne Garde des Sceaux, avec réalisme. De fait, après la campagne menée très à droite par Nicolas Sarkozy, l’UMP va tout faire pour ne pas exposer ses dissensions avant fin juin.

Pour mieux contrôler la situation, un «comité stratégique de campagne» composé des dirigeants et de personnalités du mouvement se réunira chaque semaine. L’élection du nouveau patron de l’UMP ayant lieu à l’automne, cela laisse du temps. A ce moment-là, les différentes sensibilités de l’UMP pourraient se structurer en mouvement, les humanistes et les centristes, les libéraux, les gaullistes, la droite populaire, ce qui permettrait d’éviter les forces centrifuges.

Le parti de droite fait bonne figure. Au vu des scores – 1,1 million de voix séparent François Hollande et Nicolas Sarkozy –, ses membres jugent que la défaite n’est pas «humiliante», selon l’expression de Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. «Le raz de marée annoncé n’a pas eu lieu, on ne peut pas parler de défaite sèche, renchérit Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy. Les Français ont hésité jusqu’au bout, cela signifie qu’ils peuvent se rassembler sur nos valeurs et nos propositions en juin.»

Objectif de Jean-François Copé, le patron de l’UMP, qui a déjà décortiqué les résultats circonscription par circonscription: «Remporter le plus de sièges possible.» Mais précise-t-il aussitôt: «Il n’y aura aucune alliance de quelque nature que ce soit avec le Front national, ni discussions avec ses dirigeants.»

A l’image de Nicolas Sarkozy qui a cru sa réélection possible jusqu’au bout, certains membres de l’UMP veulent croire que la droite pourrait remporter la majorité aux législatives, ce qui conduirait à une cohabitation. «On est passé tout près du poteau. On peut arriver en tête du troisième tour», clame Christian Estrosi, le député-maire de Nice. «On va remporter les élections législatives», trompette Guillaume Peltier, porte-parole adjoint du perdant. Un déni de réalité? «Absolument pas!» riposte la secrétaire d’Etat Jeannette Bougrab.

La campagne se fera sur plusieurs thèmes. «Nous ne pouvons pas laisser tous les pouvoirs à la gauche, la présidence de la République, la majorité au Sénat, la majorité des régions et des villes et encore l’Assemblée nationale, lance NKM. Nous proposons un pouvoir plus équilibré.» L’UMP attaquera la gauche sur les sujets de la retraite, du nucléaire, du droit de vote des étrangers, de la fiscalité et sur la règle d’or.

L’analyse de l’échec sera pour l’été. «L’exégèse des raisons qui expliquent le résultat de dimanche viendra plus tard», annonce Jean-François Copé. Pour l’instant, une seule explication officielle est admise: la crise. «Partout en Europe, les gouvernements au pouvoir qui se sont représentés ont été balayés», souligne Benoist Apparu.

Hier, le perdant ne s’est guère montré. Et les interrogations sur son avenir se multiplient. «Ma place ne pourra plus être la même, mon engagement sera différent», a-t-il déclaré dimanche soir, alors qu’il avait annoncé durant la campagne qu’il tournerait la page de la politique en cas d’échec. «Il arrêtera définitivement la politique et l’UMP se sent orpheline», confirme Xavier Bertrand, le ministre du Travail. Mais d’autres responsables espèrent encore que Nicolas Sarkozy jouera un rôle au sein du mouvement. Ils ne peuvent croire que cet animal politique se retirera de la scène.

«Il n’y aura aucune alliance de quelque nature que ce soit avec le Front national, ni discussions avec ses dirigeants»