L’Unesco a inscrit la vieille ville d'Hébron sur deux listes: celle du patrimoine mondial, et celle du patrimoine en péril. Cette question était l'enjeu d'un affrontement diplomatique acerbe entre Palestiniens et Israéliens. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dénoncé une «décision délirante».

Ce vote est «un succès dans la bataille diplomatique menée par les Palestiniens sur tous les fronts face aux pressions israéliennes et américaines», s'est aussitôt félicité le ministère palestinien des Affaires étrangères dans un communiqué.

«Malgré une campagne israélienne frénétique qui a consisté à répandre des mensonges et à distordre les faits concernant les droits des Palestiniens, le monde a reconnu notre droit d'inscrire Hébron et la mosquée d'Ibrahim sous souveraineté palestinienne», a ajouté le ministère palestinien.

«Une autre décision délirante de l'Unesco», a réagi Benjamin Netanyahu. «Cette fois-ci, ils ont estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c'est un site en danger", a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée par ses services et mise en ligne sur sa page Facebook.

«Souillure morale»

«La décision de l'Unesco sur Hébron et le tombeau des Patriarches est une souillure morale. Cette organisation sans importance promeut l'histoire fausse. Honte à l'Unesco», s'est emporté sur Twitter peu après le vote le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

Douze membres du Comité réuni à Cracovie, dans le sud de la Pologne, ont voté pour l'inscription, six se sont abstenus et trois ont voté contre. Vu l'abstention, la majorité requise était de dix voix.

Hébron abrite une population de 200 000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans une enclave protégée par des soldats près du lieu saint que les juifs appellent Tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d'Ibrahim.

Les Palestiniens estiment que le site est menacé en raison d'une montée «alarmante» du vandalisme contre des propriétés palestiniennes dans la vieille ville. Ils l'attribuent aux colons israéliens. Un vote favorable de l'Unesco «aiderait à soutenir le tourisme» et «les efforts des Palestiniens à empêcher toute tentative de destruction», avait estimé avant le vote de vendredi Alaa Shahin, membre de la municipalité d'Hébron.

«Politisation» de l'Unesco

Les responsables israéliens estiment pour leur part que la résolution sur Hébron, qui qualifie cette ville «d'islamique», nie une présence juive de 4000 ans. Avant le vote, le ministère des Affaires étrangères israélien avait averti que l'inscription de la ville de Cisjordanie irait dans le sens de «la politisation de l'organisation».

Le tombeau des Patriarches abriterait la dépouille d'Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs épouses Sarah, Rebecca et Léa.

En mai, Israël avait rejeté une résolution de l'Unesco sur le statut de Jérusalem le présentant comme «puissance occupante», avant d'empêcher récemment des chercheurs de cette organisation d'effectuer une visite à Hébron.

En un demi-siècle d'occupation israélienne, Hébron est devenu un lieu de conflit permanent. Quelques centaines de colons protégés par des centaines d'autres soldats vivent dans un réduit au centre-ville qui est partiellement interdit d'accès pour les Palestiniens.

L'attentat de 1994

A l'époque du mandat britannique sur la Palestine, une communauté juive vivait à Hébron avant d'être contrainte de partir à la suite du meurtre de 67 juifs en 1929. En 1994, un colon israélo-américain, Baruch Goldstein, avait ouvert le feu dans la mosquée d'Ibrahim tuant 29 fidèles musulmans en prière avant d'être lynché.

Actuellement, les échoppes du marché de la vieille ville sont en grande partie vides. Des filets ont été placés au-dessus des magasins pour les protéger des bouteilles et autres détritus lancés par des colons, selon les commerçants.