Brexit

L’Union européenne attend que Londres flanche en premier

Pour les 27, le vote du parlement britannique ne change presque pas la donne; ils restent accrochés à leur «backstop» pour l’Irlande et attendent de Theresa May qu’elle vienne avec de nouvelles idées. Faute de quoi, ils se résignent au «no deal»

Le sort du Brexit va-t-il finir par se régler à la roulette russe? A deux mois du Brexit, la Commission et les 27 pays membres de l’UE semblaient plutôt se résigner, mercredi, à l’éventualité d’un «no deal» et l’humeur n’était pas vraiment à jouer avec Londres jusqu’à la dernière minute. «Ces deux derniers mois ont été particulièrement épuisants», résume très bien le député belge Guy Verhofstadt.

Les 27 sont aussi exaspérés par le «blame game» de certains politiciens britanniques, a même lâché Michel Barnier lors d’un débat avec les eurodéputés mercredi après-midi. Exaspérés par des Britanniques qui contestent toujours le fameux «backstop» irlandais, pourtant négocié par Theresa May elle-même, qui se «distancie aujourd’hui» de son propre accord, a observé le Français.

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«No deal» de moins en moins improbable

Pour autant, «ce vote ne change rien», a aussi tranché le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, lors de ce même débat. «On l’a redit et répété, l’accord de retrait ne sera pas renégocié» et dans cette perspective, le vote du Parlement britannique la veille au soir a bel et bien, aux yeux du Luxembourgeois, renforcé cette possibilité du «no deal», hypothèse que l’UE prépare de plus en plus et qui semble lui faire moins peur de jour en jour.

Officiellement, «notre porte est toujours ouverte», reprend l’entourage de Michel Barnier et la Commission est toujours prête à discuter avec Theresa May, qui a promis de revenir à Bruxelles. Elle peut même discuter des fameux «mécanismes alternatifs» pour l’Irlande revendiqués par l’amendement de Graham Brady.

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Quels mécanismes alternatifs?

Mais cette discussion ne pourra se faire que si Londres signe d’abord l’accord de retrait, a recadré Michel Barnier. Car cet accord de retrait rejeté massivement le 15 janvier contient déjà cette possibilité de mécanismes alternatifs. Problème: personne ne sait aujourd’hui à quoi ressembleraient ces mécanismes alternatifs, par exemple des contrôles souples sur l’île d’Irlande et éloignés de la frontière entre Nord et Sud. Aucun de ces dispositifs alternatifs n’est opérationnel, ni même n’a été un jour discuté sérieusement avec les Britanniques, d’où la nécessité pour l’UE d’avoir cette «police d’assurance pour l’Irlande», comme l’appelle le Français.

«Ça fait deux ans qu’on cherche une alternative au «backstop» et on ne l’a pas trouvée; on ne voit pas comment Theresa May pourrait revenir avec une nouvelle idée», remarque une autre source proche du président du Conseil, Donald Tusk, qui devait d’ailleurs s’entretenir avec Theresa May dans la soirée. «Personne ne croit à une alternative viable; il n’y a pas non plus d’appétit pour un sommet européen dont on ne voit pas l’utilité; au final, on a juste perdu deux semaines», souligne encore ce familier.

«Ne pas lâcher l'Irlande»

Pour d’autres, il est cependant encore trop tôt pour exclure toute ouverture du côté européen ou «porte de sortie» si Theresa May venait vers eux avec des idées viables mais ce ne sera pas au prix d’un sacrifice de ses principes, tels que le marché unique et la libre circulation des personnes. Il semble aussi difficilement envisageable pour certains que l’un ou l’autre Etat membre finisse par lâcher l’Irlande pour éviter le «no deal». «On voit mal un pays lâcher l’Irlande, membre du club, pour un pays qui part», dit une source.

En attendant, l’UE continue de multiplier les travaux de préparation au «no deal», d’autant plus que comme le disait lundi, Sabine Weyand, l’adjointe allemande de Michel Barnier, c’est aujourd’hui le risque d’un «Brexit par accident» et non pas par dessein qui s’avère le plus «élevé».

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