Rythme

L’Union européenne divisée sur le changement d’heure

Les membres de l’UE veulent plus de temps pour renoncer à l’actuel changement d’heure et ne semblent pas prêts à faire ce pas avant 2021. La Commission misait sur 2019 et sur un succès populaire en fin de mandat

L’idée avait tout pour plaire à la fin de l’été lorsque Jean-Claude Juncker l’a sortie de son chapeau. Elle pouvait même potentiellement assurer à une Commission européenne en fin de mandat un succès éclair. Mais la fin du changement d’heure dans l’Union européenne (UE), auquel s’astreignent tous les pays européens deux fois par an, pourrait finalement se révéler beaucoup plus difficile à mettre en œuvre que prévu. Et même devenir une de ces redoutables usines à gaz dont l’UE a le secret.

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Trop de contraintes techniques

Les Etats membres, dont les ministres des Transports étaient réunis hier lundi en Autriche pour une séance, ont déjà douché les espoirs d’un calendrier rapide: ils ont avoué qu’il serait difficile de mettre fin au changement d’heure en 2019 comme l’espérait l’institution bruxelloise. Ils tablent davantage sur 2021. C’est en tout cas ce que soutient une «majorité d’Etats membres», a affirmé le ministre autrichien Norbert Hofer. Pour lui, l’objectif de 2019 est impossible à tenir en raison de contraintes techniques: le secteur aérien aurait ainsi besoin de 18 mois pour adapter ses activités aux éventuels nouveaux créneaux horaires.

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La Commission avait proposé aux 28 le 12 septembre de mettre fin à ce changement biannuel, en vigueur depuis les années 1980, au plus tard en mars et octobre 2019, tout en les laissant souverains dans le choix de l’heure, heure d’été ou heure d’hiver. Pour Bruxelles, s’il n’est pas question de créer un fuseau unique, la préférence est clairement de privilégier l’heure d’été, comme le veut aussi l’Allemagne. Mais chaque pays restant libre de décider, il s’agira d’harmoniser le plus possible les différents fuseaux horaires, qui sont déjà au nombre de trois dans l’UE, histoire de ne pas trop fragmenter le marché intérieur.

«Les gens nous ont écrit au fil des ans pour que l’on change d’heure», a plaidé la commissaire Violeta Bulc à Graz, en Autriche, brandissant au passage la consultation publique estivale qui a justifié l’annonce express – en à peine 15 jours – d’une initiative. Plus de 4,6 millions de gens avaient en effet répondu à cette consultation, la grande majorité issue d’Allemagne.

Un potentiel «coordinateur des fuseaux horaires»

Problème? Certains Etats membres ont un peu de mal avec l’impatience de la Commission. La célérité proposée aurait eu pour effet de bâcler les études d’impact, sur la santé ou sur l’économie. Mais surtout, les Etats membres, qui ne sont pas tous sur le même fuseau horaire, ne sont pas davantage sur la même longueur d’onde: au nord, comme en Finlande, on milite pour cette abolition, en privilégiant l’heure d’été. Mais au sud, comme en Grèce et au Portugal, on y est fermement opposé et l’on tient plutôt à préserver le système actuel, cela pour des raisons liées à l’agriculture ou au tourisme.
Le Royaume-Uni n’aime pas l’idée de ne plus avoir à changer d’heure… Quant au Danemark, s’il y a la volonté de supprimer ce changement, l’heure choisie porte à débat, a prévenu hier son représentant.

Pour Vienne, qui pilote actuellement l’UE, cela ne signifie pas qu’un accord sur cette proposition est impossible, une bonne partie des pays membres souhaitant trouver le meilleur système et ne plus avoir à changer d’heure. L’Autriche mise pour cela sur une nouvelle réunion en décembre. Pour rassurer ses pairs, elle a également jeté sur la table l’idée d’un «coordinateur des fuseaux horaires» qui s’assurerait que tout fonctionne de la manière la plus homogène possible. Au pire, une clause de sauvegarde permettrait aussi de rejeter la proposition si des «problèmes non identifiés» devaient survenir. Et les Etats membres pourront aussi toujours revenir à l’ancien système s’ils le souhaitent… De quoi rassurer, ou s’y perdre un peu plus.

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