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Violeta Bulc, la commissaire slovène aux Transports.
© Dursun Aydemir/Anadolu Agency/Getty Images

Guerre

L’Union européenne entreprend de faciliter les déplacements militaires sur son territoire

L’OTAN et les Etats-Unis le réclamaient depuis longtemps. La Commission européenne s’est finalement décidée mercredi à se pencher très concrètement sur le transport des troupes et du matériel militaire au sein de l’Union

Ponts insuffisamment solides, axes terrestres inadaptés, procédures administratives longues et complexes entre les Etats membres pour autoriser le passage de convois, problèmes de douanes sur les imports-exports de matériel… Les dirigeants de l’OTAN, Etats-Unis en tête, souhaitent que les Européens remédient rapidement à ces défaillances au cas où ils auraient à mener une action militaire soudaine. Bruxelles a décidé de s’exécuter mercredi en demandant aux Etats membres d’identifier d’ici à mi-2018 tout ce qui peut nuire à la circulation de troupes ou de matériel militaire à travers l’UE.

La Commission européenne en convient: sans vouloir céder aux scénarios d’une guerre prochaine sur le territoire de l’Union ni désigner expressément la menace russe, elle désire être en mesure de parer à toutes les éventualités et à l’«évolution imprévisible de la politique internationale». Ce qui suppose de pouvoir rapidement «activer ses moyens de défense», a justifié la commissaire slovène aux Transports, Violeta Bulc.

Pas un «Schengen militaire»

«Les Russes ont une totale liberté de mouvement au sein de leur territoire. Nous devons pouvoir nous déplacer aussi rapidement, sinon plus vite, pour masser des forces contre un ennemi potentiel afin d’être dissuasifs», avait expliqué plus crûment il y a quelque temps le général américain Ben Hodges, ancien commandant des forces américaines en Europe.

Un projet de «Schengen militaire»? Violeta Bulc n’a pas souhaité reprendre ce terme qui ne correspond pas parfaitement à la stratégie retenue. «Ce n’est pas cela», a-t-elle expliqué, car le projet «concerne tous les Etats membres». Et les Etats membres ne sont pas tous dans Schengen – voir la Bulgarie, la Roumanie ou la Croatie. A noter aussi que la mesure concerne quatre Etats membres dits neutres, c’est-à-dire non membres de l’OTAN (Autriche, Irlande, Suède, Finlande). Au-delà de ces divergences sémantiques cependant, il s’agit bel et bien d’avancer vers une zone commune où la circulation d’engins militaires sera facilitée en cas de tensions.

Étape «historique» pour l’Union de la défense

Pour les Etats membres, le projet s’ajoute à une série d’initiatives lancées en décembre et visant à renforcer militairement l’Europe. Vingt-cinq pays membres avaient alors accepté de souscrire ensemble à des projets concrets. Une étape «historique» pour l’Union de la défense, souvent qualifiée de «Belle au bois dormant», avait commenté la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini.

Ces pays ont depuis arrêté une liste de 17 projets, concernant par exemple la conception de drones européens, un hôpital militaire de campagne et la mobilité militaire. Le plan d’action présenté mercredi est donc venu compléter la réflexion amorcée par les ministres de la Défense.

Que demande aujourd’hui la Commission? Dans les prochains mois, les Vingt-Huit devront identifier leurs besoins et déterminer les financements correspondants. Puis, en 2019, la Commission viendra avec des réponses concrètes. De son côté, elle va examiner d’ici à la fin de cette année les possibilités de simplifier les formalités douanières pour les opérations militaires et évaluer la nécessité d’harmoniser les règles relatives au transport de marchandises dangereuses dans le domaine militaire.

Neufs grands corridors

En matière d’infrastructures, la Commission a expliqué qu’elle s’en tenait pour le moment à l’existant, l’idée étant par exemple de voir comment un tunnel dédié au passage de civils peut être réadapté pour faciliter le passage de chars ou de tanks.

Neuf grands corridors de transport (terrestre, ferroviaire ou autre) sont actuellement en cours de développement dans les Etats membres, du sud de l’Espagne à la Turquie, certains passant aussi par la Suisse. Le plan d’action présenté mercredi demande aux Vingt-Huit d’examiner ces axes de près et d’étudier leur adéquation aux réalités militaires.

Les pays baltes n’ont pas attendu le plan de la Commission pour agir. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, qui se préparent quotidiennement à un conflit avec le grand voisin russe, ont déjà assuré cette mobilité militaire. L’Estonie a aussi mené un projet pilote en 2017 avec ses deux proches voisins, comme avec les Pays-Bas, la Belgique et la Finlande. Et les conclusions ont été sans ambiguïté: dans plusieurs de ces Etats membres, la hauteur maximale des ponts routiers ainsi que la tolérance au poids de certains ponts n’étaient pas suffisantes pour des véhicules militaires surdimensionnés. Et dans le cas du transport ferroviaire, la capacité de chargement était parfois insuffisante pour autoriser le déplacement des équipements militaires les plus lourds.

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