La lutte contre la pauvreté et les conséquences du changement climatique seront au cœur du 5e sommet des chefs d'Etat de l'Union européenne (UE) et de l'Amérique latine qui se tient ces vendredi et samedi à Lima. Alors que les deux mandats de George Bush ont été marqués par un désintérêt des affaires latino-américaines, de nombreux observateurs sont persuadés que l'Europe a une carte à jouer de ce côté-ci de l'Atlantique.

Le Vieux Continent est déjà le deuxième partenaire commercial, le premier investisseur, et la première source de coopération en Amérique latine. Pour Juan José Ruda, directeur de l'Institut d'études internationales de Lima, il existe aussi, au-delà de ces intérêts, une véritable communauté de valeurs: «Nous sommes d'accord sur la manière de conduire les relations internationales, qui doivent s'appuyer sur l'ONU. Nous pouvons aussi prendre des positions communes dans les forums internationaux: l'Union européenne et l'Amérique latine veulent agir contre le changement climatique, alors que la position officielle des Etats-Unis ne va évidemment pas dans ce sens.»

Comme l'Europe, l'Amérique latine s'est aussi dotée d'organisations transnationales plus ou moins intégrées comme le Mercosur (autour du Brésil), le système d'intégration centraméricain (SICA), ou la Communauté andine des nations (CAN). Cette dernière, qui regroupe la Colombie, l'Equateur, le Pérou et la Bolivie, s'est d'ailleurs ouvertement inspirée de l'organisation européenne: «Nous avons aussi un conseil présidentiel avec une présidence rotative, un secrétariat général de la CAN, un tribunal et un parlement, souligne Juan José Ruda. Dans certains pays, comme le Pérou, il y a même des élections directes pour élire nos députés andins.»

Libre-échange

Mais c'est sur le plan commercial, surtout, que les Européens veulent faire la différence. «Quand l'accord de libre-échange entre le Mexique et les Etats-Unis est entré en vigueur, en 1994, il y a eu comme une prise de conscience, rappelle Olivier Dabène, professeur à l'Institut de sciences politiques de Paris. Washington avait alors des ambitions pour tout le continent, et les Européens se sont rendu compte qu'ils risquaient d'être expulsés, en tant que puissance commerciale, de toute l'Amérique latine.»

L'Union européenne, depuis, a conclu un traité de libre-échange avec le Mexique, le Chili, et des discussions sont en cours avec le Mercosur, la CAN et le SICA. Mais cette négociation «de bloc à bloc» a aussi ses inconvénients. Le dialogue avec le Mercosur, qui achoppe sur la question des subventions agricoles, est toujours au point mort. «Dans le cas de la communauté andine, ajoute Juan José Ruda, la Colombie et le Pérou sont partisans du libre-échange alors que l'Equateur et la Bolivie, qui ont basculé à gauche, sont beaucoup plus protectionnistes. On n'arrive même pas à se mettre d'accord entre nous.»

Pour une partie de la gauche latino-américaine, le modèle libéral de l'UE sera tout aussi incapable de contrer le changement climatique que de changer la vie des 220 millions de pauvres d'Amérique latine. Une opposition qui s'est concrétisée lors du Sommet des peuples qui se déroule aussi toute cette semaine à Lima, et au cours duquel un «tribunal permanent» a jugé symboliquement une vingtaine de multinationales européennes accusées de pollution et de violation des droits de l'homme.