Migrations

L’Union européenne perd patience avec ses pays de l’Est

Bruxelles entend forcer la Pologne, la Hongrie  et la République tchèque à accueillir des demandeurs d’asile au titre de la solidarité avec les autres Etats membres. Une décision qui traduit un malaise plus général avec ces pays

Les pays de l’Est donnent décidément du fil à retordre à la Commission européenne. Après les querelles sur l’Etat de droit et le respect des principes européens, c’est un nouveau front tout aussi sensible qu’elle a ouvert mardi contre la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, en l’occurrence celui de l’asile et de l’accueil des réfugiés.

Après des mois de mises en garde, la Commission européenne a en effet décidé de mettre ses menaces à exécution et entend désormais forcer ces trois pays à commencer l’accueil sur leur sol de demandeurs d’asile bloqués en Grèce et en Italie. Un accueil qu’elle avait rendu obligatoire en septembre 2015 au plus fort de la crise migratoire européenne.

En vertu de ce dispositif, les pays membres de l’UE (à l’exception du Royaume-Uni, de l’Irlande, du Danemark et bien sûr des deux pays bénéficiaires du système que sont la Grèce et l’Italie) avaient devant eux une période de deux ans pour soulager Rome et Athènes dans l’accueil des demandeurs d’asile. La Commission avait alors établi un calcul très précis de répartition de cette charge entre les pays membres.

Des efforts variés

Les pays dits de Visegrad (la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque), viscéralement opposés à cette politique dite de solidarité envers les pays de première entrée, avaient tenté de bloquer le mouvement, ce qui avait obligé les ministres européens à passer en force par un vote à la majorité qualifiée. Une décision que Budapest et Bratislava avaient ensuite contesté devant la Cour de justice de l’UE. L’affaire est toujours en cours.

Un an et demi plus tard, les Etats membres concernés ont commencé à appliquer cette décision, avec des efforts divers. Avec un nombre de personnes «relocalisées» s’élevant à 20 689, les pays membres sont loin d’avoir rempli les objectifs de départ. Fin 2015, l’UE pensait en effet possible d’accueillir jusqu’à 160 000 personnes sur deux ans. Un objectif qu’elle a depuis revu à la baisse, expliquant qu’il s’agissait alors d’un seuil théorique basé sur l’extraordinaire année qu’était 2015 en termes d’arrivées de migrants.

La Pologne et la Hongrie n’ont accueilli aucun demandeur d’asile sur leur sol et la République tchèque n’en a pris que 12. Même la Suisse, qui n’était pas obligée d’appliquer le dispositif, a fait beaucoup mieux que certains Etats membres en ayant ouvert les portes à 993 réfugiés, dont 649 depuis l’Italie et 344 depuis la Grèce. Au sein de l’UE, l’Allemagne et la France sont les plus «vertueux», en ayant pris sur leur sol respectivement 5658 et 3478 personnes.

Des raisons déplaisantes

Cette situation bancale a fait perdre patience à la Commission européenne et à son président Jean-Claude Juncker qui dans une interview à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel en fin de semaine dernière avait déjà indiqué son souhait de lancer ces procédures. Selon le commissaire européen en charge du dossier, Dimitris Avramopoulos, il ne s’agit pas seulement de faire respecter le droit mais d’assurer un minimum de «justice» par rapport aux pays qui font leur devoir.

Même si elle ne le dit pas, la Commission pourrait aussi être lassée par les dossiers qui s’accumulent à l’Est. Car au Conseil de l’UE, où siègent les Etats membres, ce sont essentiellement ces mêmes pays qui bloquent les progrès sur la réforme du système de Dublin, censés amener un peu plus de solidarité entre les 27.

Les raisons pour lesquelles ces pays refusent d’appliquer les décisions sont aussi loin de plaire à la Commission. Le ministre de l’Intérieur polonais Mariusz Błaszczak a ainsi rappelé récemment à quel point une sanction de l’UE était préférable à l’accueil de migrants «musulmans» potentiellement terroristes… L’exécutif européen doit déjà gérer les libertés prises avec l’Etat de droit par la Pologne et la Hongrie, qui a encore adopté hier une loi très controversée sur les ONG étrangères. Pour lui, cela commence à faire beaucoup.

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