Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a critiqué lundi la création d’Israël après 1945, l’assimilant à un «gouvernement raciste», lors d’un discours devant les participants à la Conférence de l’ONU sur le racisme à Genève.

«Après la fin de la Seconde guerre mondiale, ils (les Alliés, ndlr) ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive», a expliqué Mahmoud Ahmadinejad. «Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée», a-t-il affirmé.

«Des efforts doivent être fait pour mettre un terme aux abus des Sionistes et de (leurs) partisans», a poursuivi le président iranien, provoquant le départ de la salle du siège de l’ONU des 23 représentants européens présents sous les huées des participants.

Les déclarations du président iranien ont provoqué le départ de la salle du siège de l’ONU à Genève de plusieurs représentants européens. L’ambassadeur français auprès des Nations Unies a aussi quitté la salle. L’ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU Dante Martinelli est par contre resté assis.

Ban Ki-moon prend ses distances

A l’issue de ce discours de plus de 30 minutes, l’ONU a dénoncé «le langage» utilisé par le président iranien.

«Nous déplorons fortement le langage utilisé par le président iranien. De notre point de vue, le discours était totalement déplacé pour une conférence destinée à faire fleurir la diversité et la tolérance», a indiqué à l’AFP le porte-parole de la Haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Navi Pillay.

Quelques heures avant, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait mis en garde M. Ahmadinejad contre tout amalgame entre sionisme et racisme, lors d’une rencontre en tête-à-tête. Il a ensuite «déploré» dans un communiqué les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad.

Les pays européens présent avaient quant à eux prévenu qu’ils quitteraient la salle si M. Ahmadinejad, connu pour ses diatribes anti-israéliennes, proférait «des accusations antisémites».

«Appel à la haine»

La France a appelé lundi l’Union européenne à faire preuve d’une «extrême fermeté». Paris a qualifié le discours du président iranien d’«appel intolérable à la haine raciste».

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a affirmé de son côté qu’«aucun compromis n’est possible» face aux déclarations anti-israéliennes du président iranien.

«Conformément à mes instructions, notre ambassadeur auprès des Nations unies à Genève (Jean-Baptiste Mattéi, ndlr.), qui dirige la délégation française, a quitté la salle avec ses collègues européens et de nombreuses autres délégations», a poursuivi le ministre.

De son côté, la Grande-Bretagne «condamne sans réserve» les propos «incendiaires» à l’encontre d’Israël tenus lundi par le président iranien, a déclaré un porte-parole du Premier ministre Gordon Brown.

Quant à l’ambassadeur adjoint des Etats-Unis à l’ONU, Alejandro Wolff, il a qualifié ces propos «honteux», «exécrables» et «haineux».

Sur place, le ministre norvégien des Affaires étrangères Jonas Gahr Stoere a lui aussi condamné sans équivoque le discours de Mahmoud Ahmadinejad. S’exprimant immédiatement après le président iranien, Gahr Stoere a affirmé que son intervention est une «incitation à la haine».

Jonas Gahr Stoere, un des rares Européens à avoir assisté au discours de Mahmoud Ahmadinejad lundi, a estimé que le président iranien était dans une logique électorale mais qu’il était indispensable de lui répliquer.

«Il est en campagne électorale, il fait son show et il obtient en fait ce qu’il veut quand le chaos s’installe dans la salle», a déclaré M. Stoere, interrogé par la chaîne TV2 Nyhetskanalen.

En réaction encore au dicours du président iranien, la République tchèque se retire «définitivement» de la conférence«Durban II», a annoncé lundi à Prague le ministère tchèque des Affaires étrangères.