EUROPE

L’Union européenne rêve d’un «dialogue» Barcelone-Madrid

Le royaume d’Espagne demeure, pour Bruxelles, l’unique interlocuteur. Mais la surenchère violente de Mariano Rajoy déstabilise ses meilleurs alliés

Ce n’est pas encore une divergence. Mais les réactions des gouvernements européens à la triste journée de dimanche en Catalogne confirment que l’Espagne est, au lendemain des violences policières, sur le banc des accusés.

Condamnation de la violence

Sans surprise, le président français Emmanuel Macron a réitéré lundi, lors d’une conversation téléphonique avec le premier ministre Mariano Rajoy, que Madrid demeure «l’unique interlocuteur» de Paris et des pays membres de l’Union européenne. La ligne officielle, partagée par la chancelière allemande Angela Merkel, est donc claire. La méthode utilisée, par contre, est loin de faire l’unanimité: «Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue» a pour sa part commenté lundi le porte-parole de l’exécutif européen, Margaritis Schinas, à Bruxelles.

«La violence ne peut jamais être un instrument en politique». Idem en Belgique, royaume confronté aux velléités indépendantistes de la Flandre (des dizaines de délégués flamands du parti nationaliste au pouvoir dans cette région néerlandophone, la N-VA, s’étaient déplacés ce week-end en Catalogne): «La violence ne peut jamais être une réponse», a asséné le premier ministre fédéral, Charles Michel.

Contraintes du référendum illégal 

Sur le plan formel, il est peu probable qu’une initiative publique et formelle parte ces jours-ci de Bruxelles ou de Strasbourg, où le Parlement européen est réuni cette semaine en session plénière. Maintes fois appelés à la rescousse par les indépendantistes catalans, qui rêvent de faire activer l’article 7 du traité européen selon lequel les droits d’un Etat membre peuvent être suspendus en cas d’existence «d’une violation grave et persistante des valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité et d’Etat de droit», les dirigeants des institutions communautaires veulent absolument éviter une confrontation à ce sujet avec les Etats membres.

Tout au long de la nuit de dimanche à lundi, les collaborateurs du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ou de celui du Conseil européen, Donald Tusk, ont répété à leurs interlocuteurs que les violences perpétrées par la Guardia Civil et la police nationale sur les sites des bureaux de vote catalans n’entrent pas dans ce cadre, du fait de l’illégalité du référendum. «Le droit est clairement en faveur de Madrid, poursuit un diplomate européen. La question est politique.»

Voie sans retour

La priorité, dès lors, est de sortir de cette impasse en deux volets. Premier volet: les Catalans doivent savoir que s’ils déclarent unaninement leur indépendance, cette décision sonnera leur retrait de l’Union européenne au sein de laquelle ils ne pourront revenir qu’avec l’accord unanime des Etats membres, Espagne y compris, après un long processus d'adhésion. C’est cette ligne que répètent inlassablement les responsables bruxellois, sans toujours être entendus.

Second volet: les autorités espagnoles doivent comprendre que l’UE, en plein affrontement politique avec la Pologne ou la Hongrie sur les valeurs de l’Etat de droit dans la crise des migrants, mais aussi confrontée aux agissements des régimes autoritaires en Turquie ou en Russie, ne peut pas se permettre d’apparaître à la face du monde comme une région où l’on bastonne des citoyens venus voter pacifiquement. Les plus offensifs sur ce point, sans surprise, sont les socialistes, pour qui le nœud gordien de l’engrenage ibérique se nomme Mariano Rajoy. Leur leader au Parlement européen, Gianni Pittella, a, ce mardi, convoqué une conférence de presse. Il devrait soutenir l’appel à une motion de censure du PSOE aux Cortes, le parlement de Madrid, pour déboulonner l’intransigeant dirigeant espagnol.

Soutien européen symbolique

Les développements à attendre du côté européen sont donc, dans l’immédiat, plutôt symboliques. Dès hier, le groupe composé des Verts et de l’Alliance libre européenne (régionalistes et autonomistes) au Parlement de Strasbourg a annoncé son intention d’inviter Carlos Puigdemont, le président de la Generalitat de Catalogne. La demande de création d’une commission parlementaire sur l’organisation territoriale espagnole est aussi évoquée.

En sachant que, compte tenu des traités européens et de l'insistance absolue sur la souveraineté nationale des Etats-membres de l'UE, rien ne pourra se faire sans l’assentiment du gouvernement de Madrid, pris au piège de sa surenchère sécuritaire et judiciaire, mais retranché derrière les principes communautaires.

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