David Cameron a participé à son dernier sommet européen mardi. Le premier ministre britannique démissionnaire a d’ores et déjà été exclu de la réunion informelle des chefs d’Etat et de gouvernement de ce mercredi, qui doit se pencher sur l’avenir de l’Union, sans le Royaume-Uni. Il ne sera pas non plus le bienvenu à un autre sommet, en septembre à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, pays qui assume la présidence tournante de l’UE jusqu’en décembre 2016.

Mais même pour sa dernière participation, le premier ministre britannique n’a pas manqué de donner du fil à retordre à ses homologues. Il s’est gardé d’enclencher la procédure formelle de divorce suite à la décision des Britanniques de quitter l’UE. Il a fait comprendre que cette responsabilité incomberait à son successeur, dont le nom devrait être connu le 9 septembre prochain.

Son attitude est jugée inacceptable par de nombreux dirigeants, qui veulent mettre en route le Brexit afin de remédier à l’incertitude économique et politique qui s’est installée depuis vendredi dernier. «Nous voulons aussi redonner confiance aux citoyens européens», a clamé Martin Schulz, président du Parlement européen, à l’issue de sa rencontre traditionnelle au début de chaque sommet.

Lors d’une session plénière extraordinaire consacrée au Brexit mardi matin, le Parlement européen a mis la pression sur le Royaume-Uni en votant une résolution, par 295 voix pour et 200 contre, réclamant le démarrage rapide de la procédure de divorce. L’initiative doit revenir, selon l’article 50 du Traité de Lisbonne, au pays candidat au départ. Or Londres ne montre aucun empressement, alors que les dirigeants européens souhaitent crever l’abcès une fois pour toutes. Selon un juriste, l’Union ne dispose d’aucun levier pour contraindre le gouvernement britannique à l’action.

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«Le Royaume-Uni va quitter l’UE, mais j’aimerais que la procédure soit la plus constructive possible, a déclaré David Cameron à son arrivée au Conseil européen. Nous quittons l’UE, mais ne lui tournons pas le dos.» Et d’ajouter: «Nous voulons établir de bonnes relations économiques, commerciales et de sécurité.» Les dirigeants européens poursuivaient mardi soir le dialogue avec le premier ministre britannique.

«L’UE est prête à négocier dès aujourd’hui avec Londres, mais dans le respect des règles», a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, avant le début du sommet. Jean-Claude Juncker, le président de l’exécutif européen, s’était montré plus agressif. «Il n’est pas question de discuter de l’avenir des relations UE – Royaume-Uni avant le divorce», avait-il affirmé devant les eurodéputés. «J’ai interdit aux commissaires et aux directeurs généraux de négocier quoi que ce soit avec des Britanniques.» Il a également exclu que ce soit Londres qui impose ses conditions de départ. «C’est à nous de décider de l’ordre du jour, et non pas à ceux qui veulent quitter l’UE», a-t-il martelé.

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Jean-Claude Juncker a toutefois donné un gage de bonne volonté au Royaume-Uni. Il a refusé de rencontrer la première ministre écossaise et cheffe du parti indépendantiste SNP, Nicola Sturgeon, qui sera à Bruxelles ce mercredi. Après le Brexit, celle-ci entend trouver une solution pour maintenir les liens avec l’UE. «Une telle rencontre créerait beaucoup de confusion entre Londres, Glasgow et Bruxelles», explique un diplomate européen.
Même la chancelière allemande Angela Merkel, qui s’était montrée conciliante à l’égard de ce «partenaire stratégique» qu’est Londres, a finalement adopté un ton plus dur. A l’issue d’un mini-sommet réunissant le président français François Hollande et le premier ministre italien Matteo Renzi lundi à Berlin, elle a exclu des pourparlers à la carte avec Londres. Comme les autres dirigeants, Angela Merkel refuse des négociations aussi longtemps que les autorités britanniques ne formalisent pas la procédure de divorce. Dans un discours lundi devant le Bundestag, elle a affirmé que l’UE était assez forte pour aller de l’avant même à Vingt-Sept.