Ils y auront passé presque dix heures et ce n’est que tôt vendredi matin que les Vingt-Sept sont enfin tombés d’accord: le bloc s’est en effet engagé à réduire les émissions de CO2 d’au moins 55% en 2030 par rapport au niveau d’émissions de 1990.

Lire aussi: Cinq ans après l’Accord de Paris, où en est le combat climatique?

Les eurodéputés attendaient certes un objectif de 60% mais, il y a encore un an, les dirigeants européens ne voulaient entendre parler que d’une réduction de 40%. Cet effort pour tout le bloc – chaque Etat membre devant contribuer à cet objectif de 55% – devrait lui permettre de se rapprocher du grand objectif prôné par le Green Deal de la Commission von der Leyen, à savoir la neutralité climatique en 2050.

Et pour y parvenir, les Etats membres auront le droit de définir le mix énergétique qu’ils souhaitent et les technologies propres de leur choix. Ils devront en tout cas veiller à la sécurité des approvisionnements et à maintenir un prix de l’énergie abordable.

Finance verte

Autre souhait: développer la finance verte avec une législation à venir avant juin 2021 pour lancer des obligations vertes européennes. La banque européenne d’investissement deviendra pour sa part aussi une «banque du climat» avec 1000 milliards d’euros d’investissements propres d’ici à 2030, un objectif jugé modeste par les experts mais qui constitue tout de même une nouveauté pour l’Union.

La Commission devra désormais préciser les modalités de cette réduction des émissions; elle devrait notamment mettre sur la table son fameux projet de taxe carbone aux frontières, ce mécanisme d’ajustement pour les produits importés de pays moins vertueux. Et proposer des pistes vertes pour les voitures ou les aéroports.

Cette décision était évidemment importante d’un point de vue symbolique quelques jours avant l’anniversaire de l’Accord de Paris et à la veille du sommet virtuel de l’ONU convoqué sur le sujet. Mais elle était encore loin d’être acquise jeudi matin. Il fallait en effet passer plusieurs obstacles, à commencer par les veto hongrois et polonais sur le plan de relance et le budget qui vont soutenir toutes les politiques climatiques d’ici à 2027.

Le charbon polonais

Le plan de relance et le budget européen prévoient en effet que 30% des fonds soient réservés à des projets assurant la transition énergétique. Sans accord sur ce cadre financier global, impossible donc de lancer de nouvelles initiatives.

Et dans ce domaine, la Pologne a également fait durer le suspense. La transition vers une économie propre va en effet lui coûter beaucoup plus cher qu’à d’autres, son système reposant à 85% voire 90% sur le charbon, explique un diplomate. «Il était légitime d’entendre cette préoccupation», dit-il. Les craintes de ce pays, mais également d’autres pays à l’économie très carbonée, ont ainsi dominé une bonne partie des débats.

Le premier ministre Mateusz Morawiecki voulait en effet déjà savoir comment amortir le choc financier de ces nouveaux instruments «climat». Ce qui l’inquiète plus précisément est la modernisation du fameux système d’échange de quotas d’émission (ETS) de l’UE et comment pourront être garanties de nouvelles recettes alternatives pour compenser cette modernisation.

Les Vingt-Sept ont accepté de régler ce problème en 2021 lors d’un nouveau sommet et la promesse a suffi à faire revenir Varsovie dans le compromis. Il fallait aussi prendre en compte les besoins d’autres pays de l’est de l’Union également dépendants en énergies fossiles, comme la République tchèque. Les Vingt-Sept ont donc accepté que les nouvelles infrastructures au gaz fassent aussi partie des technologies de transition permettant d’arriver à cet objectif de 55%. Le nucléaire en fera également partie.

Effet trompe-l’œil

Ce résultat ménage donc à peu près toutes les sensibilités mais il est bien sûr rapidement apparu comme un trompe-l’œil pour certains. Car cet objectif de 55% porte sur une réduction nette et plusieurs pays auraient préféré une formulation qui retienne une réduction brute. C’est notamment le cas des pays nordiques.

Avec une réduction nette est en effet pris en compte l’impact positif des émissions de «puits» de carbone (forêts et sols), expliquent les connaisseurs, ce qui permet finalement à l’UE d’atteindre plus vite sa cible.

Les Verts du Parlement européen ont ainsi estimé que ce choix reviendrait finalement au mieux à ne réduire les émissions que de 53%; ils ont aussi peu apprécié les exceptions pour les infrastructures au gaz, jugeant déjà que les Vingt-Sept, à ce rythme-là, n’arriveront pas à respecter l’Accord de Paris, qui entend limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Et les organisations comme Greenpeace pensent que ce 1,5°C n’est possible qu’avec une réduction des émissions d’au moins 65%.

Lire finalement: Faire battre le cœur de l’Accord de Paris