Ils veulent y croire. Depuis la décision, vendredi, de vingt-six pays membres de l’UE sur vingt-sept d’entamer des négociations en vue d’un nouveau traité instituant une intégration budgétaire accrue, beaucoup d’observateurs parient sur un début de réponse politique crédible aux problèmes structurels de l’Union, soulignés par la crise de la dette. «Il y a désormais une gouvernance de l’euro, affirme le président de la fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani. Des règles strictes ont été adoptées pour le retour à l’équilibre des budgets nationaux et pour la réduction des dettes publiques. Elles devront être inscrites dans les Constitutions nationales et leur violation sera sanctionnée ». Et de poursuivre: « Un traité formalisera sous peu ces engagements, mais ils prennent effet immédiatement ».

Vingt ans tout juste après le sommet de décembre 1991 qui accoucha du traité de Maastricht, la refondation de l’euro et de l’UE, vers « l’Union pour la stabilité »exigée par l’Allemagne n’est pourtant pas si évidente que cela, à la lecture des conclusions du sommet de Bruxelles, à l’issue duquel les chefs d’Etat ou de gouvernement n’ont d’ailleurs pas, vendredi, tous crié victoire. Certes, Angela Merkel, initiatrice du changement de traité, s’est félicité à Bruxelles du « bon résultat qui va redonner sa crédibilité à l’euro ». Idem en France, partenaire privilégié de Berlin, où la plupart des observateurs se réjouissent. Mais ailleurs, le ton est plus mesuré. Dès vendredi, le président du conseil italien Mario Monti, qui recevra Angela Merkel et Nicolas Sarkozy début janvier à Rome, a rappelé qu’il aurait « préféré la méthode communautaire » et qu’il entend bien remettre sur la table la question des euro-obligations, de nouveau écartées par la chancelière.

A Bruxelles, les spécialistes pointent d’ailleurs le risque de référendums multiples, susceptibles d’attiser la confusion: « Des obstacles politiques et légaux se posent aux Pays-Bas, en Irlande, en Autriche, en Roumanie, au Danemark, en Finlande, en République Tchèque, en Hongrie et en Lettonie » notait ce week-end le journal « Euobserver ». Les interrogations sur l’absence d’un « bazooka financier » et sur les conclusions qu’en tirera la Banque centrale européenne, pressée d’agir, demeurent aussi, même si le président de la Bundesbank a salué ce week-end un « progrès, que toutes les parties devront mettre en oeuvre ».

Une première indication sur cette volonté de refondation des vingt-six, sans le Royaume Uni, sera fournie par la consultation prévue, d’ici la fin janvier, des parlements nationaux des neuf pays non membres de la zone euro. Très inquiets de se retrouver isolés, les chefs de gouvernement hongrois, tchèque et suédois, qui avaient d’abord exprimé des réticences (et même un refus, dans le cas de la Hongrie) ont obtenu que ce principe d’une approbation parlementaire soit étendu à tous les pays non dotés de la monnaie unique.

Une seconde indication viendra des pourparlers que doit entamer, dès maintenant, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy en vue de statuer sur la portée du traité intergouvernemental qu’il proposera en mars, après sans doute l’avoir soumis lors d’un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro, fin janvier. Les deux questions cruciales, note-t-on à Bruxelles, seront celles portant sur l’abandon de la règle de l’unanimité pour l’imposition de sanctions en cas de dérapage budgétaire (que les directives sur la gouvernance économique prévoient déjà), sur l’octroi de pouvoirs « intrusifs » à la Commission, et sur la possibilité de « mettre sous tutelle » des États défaillants.

«La promesse d’un « pacte budgétaire » figure dans les conclusions, mais en dehors des freins constitutionnels à l’endettement, ses modalités demeurent pour l’heure très floues » juge « Euobserver ». « Les experts juridiques de la Commission et du Conseil insistent sur la difficulté qu’ils auront à impliquer « au maximum » les institutions communautaires, tant en raison d’un possible veto britannique qu’au vu des réticences affichées du parlement européen, dont la session plénière cette semaine à Strasbourg promet d’être animée, en présence de José-Manuel Barroso et Herman Van Rompuy. « Le terrain légal est miné pour mettre en oeuvre les engagements de discipline et d’intégration » renchérit Mats Persson, du think-tank eurosceptique Open Europe.

Un moment intéressant, dans ce contexte, pourrait être le discours que doit prononcer ce lundi à l’université de la capitale alsacienne l’ancien président de la BCE Jean-Claude Trichet, à l’occasion d’un prix décerné au premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Car à l’inverse, l’éventualité d’une Europe à deux vitesses qui verrait la zone euro se doter d’institutions propres - menace régulièrement brandie par Paris et Berlin - engendrerait à coup sur une crise politique dans l’UE: «Le pas de géant vers une union fiscale et budgétaire exigera encore une vision de long terme, assumée devant les opinions publiques », prévient Jean-Dominique Giuliani.