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L’université Donald Trump, une «fraude» et un «mensonge complet» pour d’anciens élèves et professeurs 

De 2005 à 2010, l’actuel candidat républicain à la présidence était à la tête d’une école de management. D’anciens étudiants poursuivent le milliardaire en justice, se disant victimes d’une escroquerie. Une affaire qui va forcément peser sur la campagne

Immobilier, politique ou encore émissions de téléréalité… Donald Trump est un touche-à-tout. Le candidat républicain à la présidence américaine a aussi investi dans l’enseignement privé. Il a fondé en 2004 la Trump University, une école dispensant des cours de management.

Même si elle a fermé en 2010, l’école fait encore parler d’elle. Déçus par leur expérience, d’anciens élèves ont déposé des plaintes collectives contre le milliardaire new-yorkais pour tromperie.

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Selon les plaignants, c’est davantage pour faire gonfler son porte-monnaie que pour transmettre son savoir que Donald Trump aurait fondé son «université» – qui a dû dès la première année abandonner ce titre pour devenir «Entrepreneur Initiative LLC». Il aurait usé de méthodes douteuses et frauduleuses, comme l’affirment des documents rendus publics par la justice américaine ce mercredi, comme l’explique la radio publique américaine NPR.

«La Trump University s’attaquait aux personnes plutôt âgées et peu éduquées»

Pour apprendre à gérer son argent comme Donald Trump, il fallait débourser. Les cours pouvaient coûter jusqu’à 35 000 dollars.

Pourtant, selon les clients de l’établissement, les cours ne correspondaient pas au programme décrit. Les plaignants parlent d’une «fraude» et d’un «mensonge complet». Le programme des séminaires de trois jours était un genre d’introduction aux séminaires plus longs, et plus coûteux. D’après les témoignages et les plaintes déposées, ils n’apprenaient rien de concret quant à la manière de gérer leur argent. D’anciens employés attestent, quant à eux, des techniques de vente de cours controversées.

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Pour que les élèves potentiels s’inscrivent aux cours les plus chers parmi ceux proposés, les enseignants avaient des instructions très précises. Si cela était nécessaire, ils devaient mettre les clients sous pression. Dans sa déposition, l’un des enseignants explique: «Je crois que la Trump University était un projet frauduleux et qu’elle s’attaquait aux personnes plutôt âgées et peu éduquées pour les séparer de leur argent».

Jouer sur son image pour aligner les dollars

La Trump University jouait sur l’image de son fondateur, d’ores et déjà très connu pour ses comptes en banque bien remplis à cette époque. Sur le papier, le but des cours dispensés était d’apprendre aux inscrits à accumuler les dollars comme il l'a fait.

Pour cela, il disait trier ses professeurs sur le volet. Il faisait passer ses «top instructors» pour des connaissances personnelles de choix. En décembre dernier, il a cependant admis ne pas les avoir sélectionnés de manière très rigoureuse, et ne pas tous les connaître. Chacun des professeurs était introduit comme une personne de marque dans le domaine.

Une bonne note d’enseignement, sinon le professeur sera réprimandé

Pour se défendre des critiques, Donald Trump a un argument de poids: les notes d’enseignement que les élèves ont attribuées à leurs professeurs durant ces cinq années étaient excellentes.

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Mais les documents officiels expliquent en partie les raisons de ces évaluations remarquables: tous les enseignants ayant récolté moins de 90% de réponses positives étaient menacés de réprimandes. Cela a certainement poussé les professeurs à être prudents avec ces évaluations.

De quoi donner la «nausée» à Hillary Clinton

Son propre scandale derrière elle, Hillary Clinton s’est emparée de la controverse sur la Trump University comme d’un sujet de campagne. Sur son compte Twitter, elle accumule depuis quelques jours les publications se rapportant à ce sujet, commentant: «Son seul intérêt est son propre profit.» ou encore «Si vous ne pouvez pas lui faire confiance concernant vos propres finances, comment pouvez-vous lui faire confiance s’il gère votre pays?» Mettant un lien vers un article du New York Times qui traite de ce sujet, la démocrate avertit: «Attention, ça peut donner la nausée».

Donald Trump, quant à lui, se fait discret quant à cette affaire. Entre ses nombreux tweets témoignant de son planning chargé, il a fait deux références discrètes le 30 mai. Il y accuse Gonzalo Curiel, le juge chargé de l’affaire d’être la cause de ses maux.

Le républicain a tout de même répliqué sur Youtube. Il a publié mercredi une vidéo dans laquelle d’anciens élèves font l’éloge de la formation.

La discrétion est une facette peu connue du New-Yorkais. Et même s’il a l’habitude de faire face à la justice – il aurait déjà été impliqué dans 3500 affaires judiciaires, comme l’ont comptabilisé les journalistes du média USA Today – les conséquences politiques pourraient, cette fois-ci, être graves pour lui, comme le relève le site américain NPR. Un procès est prévu en novembre. S’il était élu président le 8 novembre prochain, le cas serait délicat: c’est sous la casquette de chef du gouvernement qu’il devrait comparaître devant la justice pour fraude.

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