Santé

L'UNRWA, une aide nécessaire et concrète aux Palestiniens

Directeur du programme santé de l'Agence onusienne d'aide aux réfugiés palestiniens, Akihiro Seita explique pourquoi celle-ci demeure nécessaire, quoi qu'en pense le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis

L’UNRWA, l’agence onusienne d’aide aux réfugiés palestiniens, n’est-elle plus une partie de la solution au conflit israélo-palestinien, mais une partie du problème? Les propos du chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) Ignazio Cassis tenus voici quelques jours dans la presse alémanique ont surpris, voire choqué. Mais quelle est la réalité du terrain?

Des hôpitaux débordés

De retour de Gaza, Akihiro Seita, directeur du programme santé de l’UNRWA, est venu expliquer la pertinence de son organisation en marge de l’Assemblée mondiale de la santé au Palais des Nations à Genève. L’UNRWA, qui a commencé son travail le 1er mai 1950, était censée n’avoir un mandat que de trois mois. Elle s’occupe aujourd’hui non plus de 750 000 réfugiés qui avaient fui au moment de la création de l’Etat d’Israël, mais de 5,3 millions de Palestiniens répartis entre la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Cisjordanie et Gaza.

«Bon nombre de réfugiés palestiniens n’ont pas accès à des services de santé. Notre soutien à cet égard, à travers nos 143 centres de santé, est extrêmement important», martèle Akihiro Seita. Se référant aux récentes manifestations dans la bande de Gaza contre le transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, à l’issue desquelles une soixantaine de Palestiniens sont morts sous les balles israéliennes, l’UNRWA a joué un rôle important. «Selon les chiffres de l’OMS, il y a eu 12 000 blessés. 7000 personnes ont dû se rendre à l’hôpital, dont 3500 pour des blessures par balle, explique Akihiro Seita. Tout cela a eu lieu en une semaine.

Aujourd’hui, avec le blocus de Gaza maintenu par Israël depuis des années, l'espoir s’est évanoui

Un expert de la région

L’impact sur le système de santé à Gaza a été considérable, beaucoup plus important que la guerre de 2014.» La plupart des hôpitaux de Gaza ont été totalement débordés par l’afflux de blessés. Le manque de spécialistes de la chirurgie vasculaire et de médicaments s’est fait fortement ressentir. C’est là que les centres de santé de l’agence onusienne sont intervenus pour assurer un suivi médical une fois que les patients ont quitté l’hôpital.

Avec la détérioration des conditions de vie, l’UNRWA est de plus en plus confrontée à un autre problème: la santé mentale des Gazaouis. «Lors des intifadas, il y avait encore de l’espoir. Aujourd’hui, avec le blocus de Gaza maintenu par Israël depuis des années, cet espoir s’est évanoui», explique au Temps un expert de la région. Ce d’autant que le chômage s’élève à quelque 40% de la population active et à 70% chez les jeunes. Pour faire face au phénomène, l’UNRWA vient d’intégrer dans tous ses centres une unité santé mentale qui permet de traiter au niveau des soins primaires entre 50 et 60% des cas de dépression.

Vaccins et éducation

En termes d’aide, l’UNRWA est aussi un garant contre la faim, octroyant un soutien alimentaire à un million de Gazaouis. Dans son rapport 2017, le département santé de l’UNRWA avertit: en raison des coupes budgétaires envisagées par certains Etats, «la vie de réfugiés palestiniens pourrait être menacée. Cela concerne notamment 96 000 grossesses, 180 000 vaccinations et 267 000 patients souffrant de diabète et/ou d’hypertension.»

Grâce aux vaccins administrés notamment par l’UNRWA, les maladies infectieuses ont été très bien contenues. Les maladies non transmissibles (maladies cardio-vasculaires, diabète, cancer, etc.), en revanche, sont devenues la principale cause de mortalité parmi les réfugiés palestiniens, selon Akihiro Seita, et sont largement attribuées à l’impossibilité de mener une vie saine.

L’autre grand apport de l’UNRWA est l’éducation. Sur les 32 000 employés de l’organisation, 22 000 sont des professeurs qui enseignent à 525 000 enfants dans les 700 écoles de l’organisation, dont 225 000 à Gaza. Accusant un déficit de 246 millions de dollars en raison du gel de la contribution américaine de 300 millions, l’agence onusienne a pu lever à ce jour 200 millions. Mais elle ne se voile pas la face: si on coupe le budget de moitié, la moitié moins d’élèves palestiniens pourront suivre un cursus scolaire.

Un «partenaire stratégique»

A ce stade, la Suisse continue, à travers le site du DFAE, à se considérer comme un «partenaire stratégique» de l’UNRWA. Elle s’est engagée à la financer jusqu’en 2020. En 2017, avec un apport de 27 millions de francs, elle est le huitième Etat le plus généreux et, proportionnellement à sa taille, le principal bailleur de fonds de l’UNRWA. Un fait qui contraste avec les propos du conseiller fédéral Ignazio Cassis, qui ont poussé d’autres agences onusiennes à apporter leur soutien à l’UNRWA, craignant qu’une brèche dans le multilatéralisme soit ouverte.

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