A la sortie de la station de métro AT&T, ils sont plusieurs centaines à huer les participants à la convention démocrate qui se rendent au Wells Fargo Center au sud de Philadelphie. Sur des calicots, ils disent tout le mal qu’ils pensent du Parti démocrate et d’Hillary Clinton, candidate à la Maison-Blanche: «Que Diable non, nous ne voterons pas pour Hillary.» Joshua Lynam, 20 ans, est outré par les nouvelles révélations faites par les e-mails du Parti démocrate piratés apparemment par des hackers proches de Moscou et publiés par WikiLeaks. Les courriels montrent que les instances dirigeantes ont favorisé Hillary Clinton au détriment de Bernie Sanders lors des primaires: «Sans cette tricherie, Bernie Sanders aurait gagné. J’étais déjà sceptique, mais là, nous avons la preuve noir sur blanc que la présidente du parti Debbie Wasserman Schultz et son équipe n’étaient pas impartiaux.»

Lire aussi: Hillary Clinton peine à séduire les jeunes Américaines

Joshua Lynam, qui va poursuivre ses études de droit à Portland en Oregon, ajoute: «Hillary Clinton change sans cesse d’avis. Elle n’a aucune intégrité.» Emily, diplômé en science politique du Massachusetts porte un brassard sur lequel est inscrit «Democracy Spring (printemps démocratique)». Elle a l’impression que son vote des primaires n’a pas compté. «On nous a d’emblée dit qu’Hillary Clinton avait déjà le soutien de plus de 500 super-délégués. Cela a faussé les scrutins. En matière de lutte contre le changement climatique, un thème qui m’est cher, Bernie était beaucoup plus radical. Je pense que si on n’agit pas de façon énergique aujourd’hui, on laissera une planète dévastée à nos enfants.»

Politique de gauche

Au sein du Parti démocrate, les tensions sont encore palpables. Dans un Wells Fargo Center bondé, les partisans de Bernie Sanders ne sont pas tous convaincus de la nécessité de se rallier à l’ex-secrétaire d’État qui devait être officiellement investie mardi. Délégué de Californie, Robert Shearer refuse le chantage de l’establishment démocrate qui prévient que ne pas voter pour Hillary Clinton, c’est faire le jeu de Donald Trump. «Si on veut mener une politique de gauche, progressive, c’est maintenant. Ce n’est pas dans quatre ou huit ans. La politique des petits pas n’est plus indiquée.» Pour Robert Shearer, le moment est venu, à l’image de Donald Trump chez les républicains, de «prendre le contrôle du Parti démocrate et d’en faire un parti non pas de l’élite, mais du peuple.» De peur d’être exclu de la convention, il ne dira pas pour qui il votera à la présidentielle de novembre.

Lire aussi: Bernie Sanders assume sa responsabilité: il exhorte à soutenir Hillary Clinton

Lundi soir, les figures de proue du parti se sont appliquées à minimiser les différences. A commencer par Bernie Sanders lui-même. S’il a déclaré voici un peu plus de deux mois qu’Hillary Clinton n’était «pas qualifiée» pour accéder à la Maison-Blanche, il a changé radicalement de discours pour apporter un soutien ferme à l’ex-secrétaire d’Etat. Accueilli en rock-star par les délégués, il a dit pourquoi sa rivale des primaires devait devenir le 45e président des Etats-Unis. Le sénateur du Vermont a relevé qu’Hillary Clinton avait les mêmes priorités, créer de l’emploi, hausser le salaire minimum, lutter contre les inégalités de revenu et l’érosion de la classe moyenne et combattre le changement climatique. L’allocution de Bernie Sanders est sans doute un tournant. Conscient des enjeux, le sénateur du Vermont n’a visiblement pas envie d’assumer la responsabilité d’avoir aidé Donald Trump à gagner la présidentielle. Il a peut-être perdu les primaires, mais il a obtenu satisfaction pour nombre de ses revendications. La plate-forme électorale du parti, la plus à gauche depuis des décennies, contient des priorités chères à Bernie Sanders. Il exigeait aussi la démission de la présidente du parti Debbie Wasserman Schultz. Elle a eu lieu dimanche à la suite du scandale provoqué par WikiLeaks. Lundi toutefois, Bernie Sanders a dû s’atteler à tempérer la révolte de ses partisans qu’il contrôle de moins en moins, envoyant en urgence des textos aux délégués pour les exhorter à ne pas faire scandale en pleine convention.

Jane Kleeb vient d’être élue à la présidence du Parti démocrate du Nebraska grâce aux votes des partisans de Bernie Sanders. Elle le reconnaît: «Cela va prendre des semaines pour unifier le parti. Bernie devra aller parler aux communautés à travers le pays. Et un geste pourrait accélérer l’unité du parti: nommer Bernie à la présidence du parti.» Le chanteur mythique des années 1970 Paul Simon a contribué à sa manière à la politique d’apaisement. Au lieu de chanter «America», le son officiel de la campagne de Bernie Sanders, il a symboliquement entonné «Bridge over Troubled Water». Une façon de jeter en chanson un pont entre deux camps pas encore réconciliés.