Des heurts sanglants entre musulmans et hindous réveillent les démons de l’Uttar Pradesh, l’Etat du nord de l’Inde le plus peuplé et le plus pauvre du pays, en proie à des violences confessionnelles sporadiques. Au moins 31 personnes ont perdu la vie durant le week-end, lors d’affrontements intercommunautaires dans le district de Muzaffarnagar. Lundi, près de 5000 soldats et policiers quadrillaient la région. Les forces de l’ordre ont arrêté une centaine de personnes, dont plusieurs membres du Bharatiya Janata Party (BJP, Parti national hindou), principal parti d’opposition accusé d’attiser les tensions interconfessionnelles.

A l’origine des affrontements, le meurtre, le 27 août, de trois jeunes hindous qui s’étaient insurgés contre le harcèlement d’une femme. Des images de deux hommes lynchés, victimes présumées, accompagnées de messages haineux, circulent depuis en boucle sur les réseaux sociaux.

Mise en scène

Samedi, des milliers de paysans hindous armés de couteaux et de fusils, proférant des discours contre la minorité musulmane, se sont rassemblés pour réclamer justice. Le lendemain, la violence s’est étendue à d’autres villages alentours, notamment dans le district de Shamli, où un imam a été tué.

Les images qui ont mis le feu aux poudres seraient en fait le fruit d’une mise en scène, affirment les autorités locales, orchestrée pour polariser les communautés. L’an dernier déjà, le gouvernement avait bloqué l’accès à Internet dans la région, après la diffusion de fausses images de meurtres qui avaient précipité des heurts et la fuite de milliers de personnes. Les observateurs privilégient aussi la thèse d’une manipulation par le parti d’extrême droite hindou, coutumier des méthodes radicales.

«La montée de la violence répond sans doute à une stratégie du BJP pour mobiliser les hindous en vue des élections législatives de 2014», souligne Gopalan Balachandran, professeur l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID).

«Le BJP cherche à faire porter la responsabilité de l’insécurité au gouvernement en place et attiser le sentiment anti-musulman pour consolider sa base, renchérit le chercheur Gilles Verniers, doctorant à Science Po en Inde. Mais cette stratégie risque de se retourner contre lui en fédérant le vote des musulmans, une minorité importante dans cette région (18%), autour du parti qui sera le plus à même de bloquer les nationalistes hindous. D’autant plus que le BJP est en perte de vitesse depuis les années 2000 dans la région.»

A mesure que le scrutin législatif de 2014 approche, le nombre de heurts intercommunautaires ne cesse d’augmenter. La police recense 451 incidents à ce jour en 2013, contre 410 pour l’année 2012. Mais la violence n’atteint pas les niveaux de 1992, après la destruction par des activistes hindous de la mosquée de Babur, située à Ayodhya. Quelque 2000 personnes, essentiellement des musulmans, avaient péri lors de ces affrontements, survenus alors que le BJP gouvernait l’Etat de l’Uttar Pradesh.