Genève internationale

«La lutte contre l’impunité a progressé»

L’ONG Trial, active depuis 2002, veut s’étendre en Europe. Entretien avec son directeur Philip Grant

Créée en 2002, comme la Cour pénale internationale (CPI), l’ONG de lutte contre l’impunité Trial, basée à Genève et constituée d’un réseau de juristes, fête ses dix ans d’activité*. Entretien avec Philip Grant, son directeur.

Le Temps: Comment la lutte contre l’impunité a-t-elle évolué depuis la création de Trial?

Philip Grant: Elle a progressé. Au niveau international, outre le fonctionnement de tribunaux comme celui sur le Rwanda et l’ex-Yougoslavie, on assiste aujourd’hui régulièrement à l’arrestation et à la condamnation de chefs d’Etat responsables de crimes. Par ailleurs, l’ancrage de la CPI dans les relations internationales est désormais acquis, plus de 120 pays ont ratifié le Statut de Rome, et acceptent donc son intervention. On constate aussi un renforcement de la lutte contre l’impunité au niveau national dans un grand nombre de pays. L’Argentine, le Chili, la Bosnie, la Croatie, la Serbie et d’autres Etats ont commencé à juger chez eux toute une série de crimes dans le cadre de centaines de procès, qui ne concernent pas seulement des personnages haut placés. On voit aussi de plus en plus d’Etats agir en vertu de la «compétence universelle», qui permet de juger des responsables de crimes qui n’ont pas été commis sur leur territoire.

– Quelles ont été vos principales réussites en dix ans?

– Le travail que nous menons contre les auteurs de crimes, avec le dépôt des plaintes qui doit mener à leur arrestation et à leur jugement, est un processus lent. Il n’y a pas eu de condamnations pour l’heure, mais des procédures sont en cours, notamment à l’encontre du général algérien Khaled Nezzar, ministre de la Défense durant la guerre civile, qui a été arrêté à Genève en octobre dernier. Nous assistons aussi des victimes qui se retournent contre un Etat, soit parce qu’il est directement responsable de certains crimes, comme des disparitions forcées, soit parce que le nouveau régime n’enquête pas sur les exactions du précédent. Nous avons déjà obtenu la condamnation de la Libye et de l’Algérie par le Comité des droits de l’homme de l’ONU.

– Comment allez-vous orienter votre action future?

– Nous sommes très régulièrement sollicités par des organisations à l’étranger, et notre but est de nous développer hors de Suisse, en Europe, où se trouvent des centaines de criminels de guerre.

* Samedi 23 juin au Kunsthauskino à Berne, à 17 heures, table ronde (en allemand) sur la justice pénale internationale, suivie par la projection du documentaire «Carte blanche» de la réalisatrice Heidi Specogna.

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