Ils n'étaient que 200 000 Européens à voter dimanche, mais à la sortie des urnes, une majorité d'électeurs du Grand-Duché avait démenti qu'une inéluctable dynamique du non se soit installée en Europe. Un peu plus d'un mois après que les Français et les Néerlandais ont rejeté le Traité constitutionnel, les Luxembourgeois ont choisi de l'approuver par 56,52% de oui contre 43,48% de non.

Pour les partisans européens d'une poursuite de la ratification du Traité constitutionnel, le vote luxembourgeois a valeur de relance. C'est «un signal fort», s'est réjoui José Manuel Durão Barroso, président de la Commission européenne. «Nous avons maintenant une majorité d'Etats membres qui soutient la Constitution», a fait remarquer Martin Schulz, le patron des eurodéputés socialistes qui voit là la preuve que les ratifications doivent se poursuivre. «L'esprit de la Constitution européenne continue à être fort», a encore jugé Wilfried Martens, président des conservateurs européens.

«Nous avons cassé la tendance du non aujourd'hui au Luxembourg», s'est réjoui Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères. «L'Europe est un petit peu malade, l'Europe a un petit refroidissement, et aujourd'hui, au Luxembourg, nous lui avons servi une bonne tasse de thé avec du miel.» Pour les Espagnols, la nouvelle est rassurante: ils peuvent désormais se sentir moins seuls en Europe, eux qui avaient été les premiers à approuver le traité dans les urnes.

Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois qui avait promis de démissionner en cas d'échec du Traité européen, a été pour sa part doublement soulagé: «Ce soir, je suis heureux d'être premier ministre luxembourgeois et d'ailleurs de pouvoir le rester», a-t-il lancé tout en notant qu'il devrait aussi écouter «ceux qui pour des raisons qui leur sont propres ont dit non».

Géographiquement, le sud-ouest, région industrielle, frontalière de la France, autour d'Esch-sur-Alzette, a clairement rejeté le traité contrairement au reste du Grand-Duché. La seconde plus grande ville du pays a voté non à plus de 52%, quand la capitale, Luxembourg, siège de la place financière, approuvait le traité à plus de 60%. C'est à Esch-sur-Alzette qu'un des derniers meetings du non avait eu lieu en présence de José Bové. Malgré une assistance unanime, les militants n'étaient déjà plus, jeudi soir, très optimistes: «Cette mobilisation pour le non contre cette machine à produire des directives Bolkestein, c'est malheureusement un peu comme la moutarde servie après le dîner», notait Claude, fonctionnaire. «200 000 riches vont décider», ironisait André membre du comité du non, notant le peu de votants. Il soulignait par là un point délicat au Luxembourg que ce premier référendum depuis les années 1930 a remis en lumière: l'absence de double nationalité qui prive 40% des 450 000 habitants du Luxembourg – des étrangers pourtant installés de longue date – du droit de voter. Pour les partisans du oui, c'était autant de voix perdues, tandis que le camp du non y voyait aussi des soutiens manquants parmi les ouvriers et les salariés modestes. Quoi qu'il en soit, la campagne a été d'une virulence inusitée dans cet Etat très policé et fondamentalement proeuropéen. «Ce débat lui-même doit être un avertissement à la classe politique», jugeait un député socialiste.

Si certains dans l'Union européenne respirent un peu mieux après le oui luxembourgeois, personne n'a eu l'idée de pavoiser hier. José Manuel Durão Barroso a déclaré que «l'avenir de la Constitution est incertain suite au non de la France et des Pays-Bas». Pour le premier ministre luxembourgeois, la partie qui se joue pour tenter de ranimer la Constitution européenne est loin d'être gagnée: «Si le Luxembourg avait voté non, l'Europe ce soir serait dans une crise ultra-grave», dit-il. Aujourd'hui «l'Europe se trouve toujours en crise, mais dans une crise qui laisse pointer à l'horizon quelques éléments qui nous invitent à l'optimisme».