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Lyon, capitale de la Macronie sous enquête

Les juges devront déterminer si l’actuel président français a profité en 2016 des largesses de la mairie

On comprend un peu mieux, au fil des révélations de ces derniers jours sur les comptes de campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, pourquoi Gérard Collomb est aujourd’hui intouchable. Le ministre français de l’Intérieur – outre le fait d’incarner la ligne dure sur les migrants dont le président français a besoin face aux assauts populistes avant le sommet européen des 28 et 29 juin – reste surtout le pilier de l’ascension politique météorique du chef de l’Etat. Au point d’avoir, en 2016, selon des opposants qui ont déposé plainte et obtenu l’ouverture d’une enquête, mobilisé les finances municipales et les amis de sa mairie de Lyon pour soutenir l’ex-ministre de l’Economie.

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L’affaire, sur le plan judiciaire, n’en est pas encore une. Ouverte vendredi par le parquet, une enquête doit déterminer si Gérard Collomb, maire de Lyon de 2001 à 2017, a oui ou non recouru «à des moyens publics sous le contrôle de la ville et de la métropole» pour faire décoller cette fusée politique nommée Macron. L’essentiel des accusations, nourries par la droite lyonnaise, porte sur le soutien apporté, le 2 juin puis le 24 septembre 2016, à deux interventions clés de celui qui n’était alors pas encore candidat à l’Elysée.

Rabais pour la location de salles et d’équipements

En juin, le ministre Macron était venu rencontrer les acteurs industriels de la région Rhône-Alpes, guidé notamment sur place par l’actuel député du Rhône Bruno Bonnell, entrepreneur du secteur numérique et président d’une école de commerce lyonnaise réputée. En septembre, après avoir démissionné du gouvernement et lancé son mouvement En Marche!, Emmanuel Macron était venu clôturer le sommet des réformistes européens au Musée des confluences, une étape clé avant sa déclaration officielle de candidature en novembre 2016. Pour les deux occasions, Gérard Collomb avait réuni de très nombreux invités pour ce que ses détracteurs considèrent comme une «collecte de fonds déguisée».

Notre compte rendu de septembre 2016: Lyon, en marche avec Emmanuel Macron

L’importance de Lyon dans la galaxie macronienne tourne aussi à un personnage discret: l’entrepreneur rhodanien Olivier Ginon, patron de l’entreprise de logistique et de communication GL Events et ami de longue date de Gérard Collomb. C’est à GL Events, l’un des acteurs incontournables pour l’organisation des festivals et autres événements publics en France, qu’Emmanuel Macron doit d’avoir obtenu la location à prix cassé de la salle parisienne de la Mutualité – gérée par cette société – où il prononça le 13 juillet 2016 son premier grand discours public. GL Events a depuis été plusieurs fois citée par les médias français en lien avec d’autres rabais consentis à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron pour la location de salles ou d’équipements.

Ces rabais qui pourraient être assimilés à des dons déguisés n’ont toutefois pas été considérés comme tels par la Commission nationale des comptes de campagne. Celle-ci a en effet approuvé, début mai, le bilan financier du candidat Macron. Sur 16 698 320 euros de dépenses déclarées, 16 578 781 euros ont été validés pour remboursement par l’Etat, et 87 600 euros «réformés» (jugés non conformes). Marine Le Pen, finaliste du second tour, a pour sa part dû requalifier et prendre à sa charge près de 800 000 euros de dépenses. Même si elles n’ont absolument rien de comparable avec le système de fausses factures mis au jour en 2012 lors de la campagne de Nicolas Sarkozy avec l’entreprise Bygmalion – les comptes de l’ancien président avaient été invalidés, forçant son parti, l’UMP, à rembourser 11 millions d’euros – les ristournes de GL Events font remonter à la surface l’accusation de favoritisme pro-Macron de la part de certains milieux d’affaires français. La mairie de Lyon, comme GL Events, rejettent ces accusations.

Lyon épicentre de la vie politique française

La métropole lyonnaise se retrouve, avec cette enquête qui met aussi en cause un ancien collaborateur de Gérard Collomb, plus que jamais au cœur de la vie politique hexagonale. Epicentre du lancement national d’En Marche!, Lyon est également depuis les élections régionales de décembre 2015 le fief électoral du patron de la droite française, Laurent Wauquiez, à la tête de Rhone-Alpes-Auvergne.

Mieux: la capitale des Gaules a été choisie par l’ancienne députée du Front national, Marion Maréchal-Le Pen, pour lancer son Institut des sciences sociales, économiques et politiques, sorte d’académie concurrente de Sciences-Po. Etoile de la droite dure française, adoubée par Steve Bannon, l’ancien conseiller politique de Donald Trump, Marion Maréchal-Le Pen est l’adversaire directe de Wauquiez, partisan d’une droite plus musclée et plus souverainiste, afin de se distancer du centre droit occupé par Emmanuel Macron et son premier ministre, Edouard Philippe, venu de son parti Les Républicains. Coïncidence qui en dit long, deux ans avant les municipales de mars 2020: c’est sur le site de Confluences, entre Saône et Rhône et à deux pas du musée lyonnais, que la petite-fille de Jean-Marie Le Pen a choisi d’installer son école. Là même où, en juin 2016, le président français avait pris son envol, aidé par un certain Gérard Collomb.

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