reportage

A Lyon, Gérard Collomb n'est plus l'enfant prodigue

Sur les terres d’origine du macronisme, le ministre démissionnaire Gérard Collomb, qui vise la mairie, va connaître un retour difficile

Le 4 octobre, au lendemain de son retour à Lyon, le démissionnaire Gérard Collomb arpentait les rues du IIe arrondissement à l’occasion de la grande braderie annuelle, pour y serrer des mains et sceller son come-back. Ce qui fait dire à ce militant socialiste rencontré au 65, cours de la Liberté, le siège du PS, «que c’est tout de même une déchéance que de passer du Ministère de l’intérieur à un vide-grenier à Bellecour».

Les socialistes locaux s’y connaissent en matière de disgrâce. Le très spacieux local de la fédération du Rhône est aujourd’hui poussiéreux et vide (un comptable à mi-temps, un vieux gardien), 1 800 adhérents il y a deux ans, à peine 800 ce jour. «Collomb a emmené les trois quarts des militants quand il a rejoint Emmanuel Macron et sa République en marche (LREM)», fait remarquer Yann Crombecque, premier secrétaire fédéral, élu municipal à Villeurbanne.

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La Macronie existait avant Macron

Un sondage relayé le 4 octobre par Lyon Capitale et Sud Radio indiquait que 57% des Lyonnais étaient contre le retour de Gérard Collomb. C’est avant tout un constat d’échec pour la Macronie dont Lyon fut en quelque sorte le laboratoire urbain. «La Macronie existait avant Macron, Collomb en fut le précurseur. On peut appeler cela la Collombo-Macronie», souligne le politologue Daniel Navrot.

Parrain en 2017 du candidat Macron, Gérard Collomb a mis en place dans sa ville une politique ratissant large (de la gauche modérée au centre droit), alliant les valeurs de la social-démocratie avec celles de l’économie de marché. Avec succès puisque la cité rhodanienne affichait et continue d’afficher une santé et un dynamisme rares en France. Voilà qui a séduit celui qui, jusqu’en 2016, était le ministre de l’Economie et de l’Industrie de François Hollande.

Daniel Navrot rappelle que le premier discours pré-programmatique d’Emmanuel Macron a été prononcé à Lyon en juin 2016 face à des chefs d’entreprise et des représentants économiques. «Un discours fondateur», insiste-t-il. Une page a été tournée la semaine passée. Nommé place Beauvau par Macron, ce qui pour le Lyonnais était une revanche sur le PS, qui l’a toujours réduit au statut de baron de province, celui-ci retrouve la Cité des Gones avec le ferme espoir de redresser sa cote pour l’heure encore trop indexée sur la Macronie. «Collomb ne voulait pas être carbonisé par l’action du gouvernement», résume plus directement un LREM.

Notoriété ébréchée

«10 000 personnes que la dégradation de l’environnement inquiète ont marché dans Lyon début septembre, après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement. Pour les municipales de 2020, le score des écolos ici va peser, leur vote peut se porter sur les candidats de La France insoumise», poursuit Daniel Navrot. Les rangs de LREM se sont aussi clairsemés. Le 29 septembre, un meeting organisé à Villeurbanne par la référente locale d’En marche!, qui n’est autre que Christine Collomb, épouse de Gérard, en présence de ce dernier et de la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa n’a réuni que 300 personnes. Un bide!

Peur donc de tout perdre: sa notoriété a été ébréchée par dix-huit mois en Macronie et sa chère métropole lyonnaise. Celle-ci est présidée par David Kimelfeld, un proche de Gérard Collomb. L’homme a tissé sa toile et il n’est pas certain qu’il veuille redevenir un simple lieutenant. On guette déjà le moindre signe de sédition. On apprécie à gauche sa politique environnementale et sociale. Quand Collomb se félicitait du vote à l’Assemblée de la loi asile et immigration jugée répressive par les défenseurs des droits humains mais aussi par une partie du groupe LREM, Kimelfeld ouvrait aux mineurs isolés africains des centres d’accueil.

C’est le PS qui, en 2001, l’a porté jusqu’à l’hôtel de ville en profitant des divisions de la droite, puis a assuré le service après-vente en l’aidant à être réélu en 2008 et 2014. «Collomb a glissé de gauche à droite en suivant Macron et sa politique antisociale. Il est désormais pour nous un opposant. Lyon est une ville humaniste et ses déclarations anti-migrations place Beauvau ont choqué. Il revient avec une cote de popularité qui s’est cassé la figure», commente Yann Crombecque.

La bise s’est levée sur Paris, Monsieur Collomb est de retour

Laurent Wauquiez, président des Républicains

A droite: Gérard Collomb a toujours eu pour habitude de chasser sur ce terrain (sans toutefois tirer à tout-va). Lors de ses nombreux voyages à l’étranger pour promouvoir la ville de Lyon, des chefs d’entreprise et des décideurs économiques montaient dans le même avion. C’est ainsi que 60 entreprises chinoises se sont installées à Lyon dont Huawei, le référent des télécoms. Mais la donne a changé depuis que Laurent Wauquiez est à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Le très pugnace président des Républicains (LR), qui vise l’Elysée en 2022, premier opposant déclaré – revendique-t-il – à la politique du chef de l’Etat, ne manque jamais une occasion d’égratigner celui qui à ses yeux reste localement une figure de la Macronie. «La bise s’est levée sur Paris, Monsieur Collomb est de retour», a-t-il ironisé lundi dernier en son Hôtel de région devant mille élus de tous bords réunis dans le cadre d’Assises régionales.

Thème: les coupes budgétaires de l’Etat et la recentralisation qui asphyxient les départements et les communes. Laurent Wauquiez a multiplié les attaques frontales contre Emmanuel Macron, «qui en divorçant avec les territoires divorce avec la France dont on sait qu’elle ne se pilote pas que depuis Paris». Gérard Collomb a dû «apprécier».

«La déliquescence de ce pouvoir»

Etienne Blanc aussi, mais différemment. Le maire de Divonne-les-Bains, désormais premier vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est pressenti pour être le candidat de LR à la mairie de Lyon en 2020 face à Gérard Collomb entre autres. «Je ne vous le confirme pas, déclare-t-il au Temps. J’ai en charge pour le moment la reconstruction de notre famille politique. Il nous faut nous rassembler. Je me prononcerai ensuite sur une candidature.»

En cette journée des maires, le retour de celui de Lyon a été très commenté. Extrait: «Collomb a annoncé son propre remaniement, cela peut prêter à rire. Mais il était le responsable de la sécurité des Français et il ne pouvait pas partir ainsi. Cela montre la déliquescence de ce pouvoir.»

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