Les récits de la scène sont glaçants. Ce dimanche, la métropole de Lyon s’est logiquement réveillée inquiète d’une résurgence du terrorisme islamique, après l’agression fatale au couteau commise samedi après-midi vers 16h30 à Villeurbanne où un passant de 19 ans a été tué et huit autres blessés à proximité de la station de métro Bonnevay, à Villeurbanne.

Trois des blessés, hospitalisés dans un état très grave, continuaient ce dimanche de lutter pour leur survie. L’auteur présumé de cette attaque serait un afghan demandeur d’asile de 33 ans et il a été arrêté, selon l’AFP. Le procureur de la République de Lyon, Nicolas Jacquet, s’est exprimé dimanche à 15 heures. Il a indiqué que l’assaillant, de confession musulmane, était d’un demandeur d’asile titulaire d’une carte de séjour provisoire valable jusqu’en 2020. Il n’était pas connu des services de police, pourrait avoir agi sous l’emprise de stupéfiants et aurait affirmé avoir «entendu des voix lui intimant l’ordre de tuer».

Lyon avait été visée le 24 mai 2019 par la dernière tentative d’attentat commise en France: un colis piégé, bourré de clous et de projectiles, avait explosé à l’angle des rues Victor Hugo et Sala, près de la place Bellecour, l’un des lieux les plus fréquentés de la ville. Treize personnes avaient été blessées et l’auteur de l’attentat, un algérien de 24 ans interpellé ensuite, avait confirmé son allégeance à l’Etat Islamique. La France a, depuis janvier 2015 et l’attaque contre le journal «Charlie Hebdo» subit une vague d’attentats jihadistes sans précédent, qui ont fait au total 251 morts.

Pour l’heure, l’attaque de samedi à Villeurbanne n’a pas fait l’objet d’un communiqué du procureur de la République de Paris, compétent en matière de terrorisme et le maire de Lyon, l’ex ministre de l’intérieur Gérard Collomb, a refusé d’attribuer cet acte au terrorisme islamique, même si le déroulement des faits ressemble aux consignes données depuis plusieurs mois par la nébuleuse de l’EI (Daech).

Banlieue associée à des faits de terrorisme

La station de métro à proximité de laquelle les faits se sont déroulés se trouve sur la ligne A qui relie Lyon à Vaulx-en-Velin. Cette ville de la banlieue lyonnaise, qui abrite une forte communauté maghrébine, a plusieurs fois été dans le passé associée à des faits de terrorisme islamique. C’est à Vaulx-en-Velin qu’avait grandi Khaled Kelkal, considéré comme l’un des responsables de la vague d’attentats de 1995 à Paris, en pleine guerre civile algérienne. L’homme avait été abattu par la police en septembre 1995 à l’issue d’une course-poursuite de plusieurs jours. Son dernier forfait, après les attentats parisiens de juillet 1995, avait été la pose d’une bombe devant une école juive de Villeurbanne. Beaucoup plus récemment, une quinzaine de personnes – dont six frères et sœurs – originaires de cette banlieue lyonnaise ont été condamnées (15 et 17 ans de prison pour les peines les plus lourdes) en novembre 2018 pour avoir organisé une filière de départ de djihadistes vers la Syrie en guerre.

Le récit des faits survenus samedi atteste de la violence de l’agresseur, muni d’un couteau et d’une fourchette de barbecue. Selon les témoignages obtenus par l’Agence France presse, celui-ci aurait «ouvert le ventre d’une personne, puis mis un coup de couteau dans la tête à un mec et l’oreille à une dame sur l’arrêt du bus» situé à la sortie du métro. Le suspect a pu être interpellé grâce à l’intervention des passants et des agents des transports en commun lyonnais.

«Terrorisme»: une question d’intention

Après la revendication par l’EI d’une attaque au couteau assez similaire à Trappes, dans la région parisienne, en 2018, le spécialiste du terrorisme Jean-Charles Brisard, bien connu en Suisse, avait précisé au «Figaro» ce qui, selon lui, concourt à la définition d’un attentat: «Un acte n’est pas terroriste par nature mais par l’intention manifestée par l’auteur, avait-il expliqué. Dans certains cas, le caractère terroriste d’un acte ressort des premières constatations, notamment au vu de la personnalité de l’individu, ou lorsque celui-ci se réfère au contexte international, lorsqu’il existe des signes manifestant une adhésion à une organisation terroriste (une allégeance ou une revendication). Il peut également être objectivé par le mode opératoire mis en œuvre, les armes utilisées ou la cible visée, notamment lorsque ces éléments correspondent à des préconisations d’organisations terroristes.

Dans tous les cas, pour constituer une infraction terroriste, un acte doit répondre à plusieurs critères: il doit être prémédité et l’objectif recherché par l’auteur doit être d’inscrire son acte dans un contexte terroriste en troublant gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. La section antiterroriste du Parquet de Paris ne s’est pas saisie initialement de ces faits mais rien n’empêche qu’elle le soit ultérieurement si l’enquête recueille des indices permettant de matérialiser un acte terroriste».

Cela fera cinq ans, le 7 janvier 2020, qu’une grande partie de la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a été massacrée par les frères Kouachi, abattus ensuite par la police le 9 janvier dans une imprimerie de la région parisienne où ils avaient trouvé refuge, alors qu’un autre terroriste, Amedy Coulibaly avait attaqué un magasin juif Hyper Cacher Porte de Vincennes, tuant quatre personnes. Le 13 novembre 2015 a vu ensuite la capitale française subir le plus grave attentat de son histoire avec l’attaque contre le Bataclan (131 morts, 413 blessés). Le procès des complices présumés des auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo est programmé du 20 avril au 3 juillet 2020.