Demain, quelle France? (4)

«A Lyon, les maires se sont toujours inscrits dans la continuité»

Xavier Antoyé est le rédacteur en chef du «Progrès», le grand quotidien régional rhônalpin. Il revient sur cette particularité lyonnaise qu’est la volonté, peu répandue dans le reste de l’Hexagone, de se montrer consensuel

Le Temps: Le sentiment, en visitant la métropole lyonnaise et en rencontrant des acteurs économiques, politiques, sociaux, est qu’elle se transforme, qu’elle est en chantier, mais que cela se déroule sans heurt, sans cassure, sans crispation.

Xavier Antoyé: Lyon est une ville qui change profondément, mais cela n’est pas récent, cela date de plus de vingt ans. L’une de ses particularités est que les différents maires qui se sont succédé, je pense à Michel Noir, Raymond Barre et aujourd’hui Gérard Collomb, se sont toujours inscrits dans la continuité. Ils ont systématiquement poursuivi, voire achevé, les grands chantiers engagés par leurs prédécesseurs. Il n’y a jamais eu de rupture. Les aménagements sont allés à chaque fois jusqu’à leur entière réalisation. On peut parler d’un développement continu et cohérent de la ville. Voilà une clé de la réussite lyonnaise, qui peut-être n’a pas sa pareille en France.

Autre originalité: là où les grandes agglomérations perdent des habitants, la ville de Lyon en gagne, 5000 par an environ. Il y a un phénomène de peuplement dû à l’attractivité de la ville, à ses emplois, à son cadre de vie, à sa mobilité, à ses loisirs. Ces gens s’installent de plus en plus dans les quartiers dits populaires et les familles les plus modestes cèdent la place à des catégories socioprofessionnelles plus favorisées. Je vous donne ces chiffres: l’achat d’un 4 pièces dans un immeuble ancien se négocie autour de 500 000 euros, le prix moyen du mètre carré frôle les 3300 euros. C’est très cher mais moins qu’à Paris, c’est pourquoi de plus en plus de Parisiens viennent vivre à Lyon.

– A la veille de se choisir un nouveau président, la France paraît morose, fataliste. Ici, on est loin de cette perception. Existe-t-il un miracle lyonnais?

– Ça bouge en effet et il existe une fierté lyonnaise, une identité en dépit d’une population qui se renouvelle en partie tous les cinq ans. La ville est la destination préférée en Europe le week-end. Le Musée des Confluences, qui a attiré 700 000 visiteurs la première année, est une réussite. La métropole ne fait aucun complexe vis-à-vis de Paris. Elle encourage la délocalisation. La direction nationale des TER de la SNCF a quitté la capitale et s’est basée ici, dans la Tour Incity. Les sièges d’Interpol et d’Euronews sont implantés chez nous depuis longtemps. A la suite du Brexit, Lyon paraît la candidate naturelle pour accueillir l’Agence européenne du médicament. Cette industrie est traditionnellement présente avec par exemple Mérieux et Sanofi. Il y a une expertise lyonnaise dans ce secteur.

– La métropole est socialiste, mais la Région Auvergne-Rhône-Alpes a basculé à droite lors des élections régionales de décembre 2015. Laurent Wauquiez, du parti Les Républicains, a devancé le président sortant, le socialiste Jean-Jack Queyranne. Son arrivée peut-elle remettre en question les équilibres?

– Il n’y a pas de crispation, pas de clivage. Quelle que soit la couleur, la métropole et la région savent qu’elles doivent travailler ensemble. Plus de 700 000 emplois, le quart des emplois salariés de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, sont concentrés dans la métropole. Pour le moment, les tâches sont bien réparties. L’accompagnement du monde économique dans le numérique est un des grands défis. La région est mobilisée autour de la transformation numérique de l’entreprise. La métropole se préoccupe davantage des start-up et est le relais de la French Tech. Au regard de l’emploi qui va tendre à disparaître dans sa constitution actuelle, la question est de savoir comment le transformer avec l’ajout de nouvelles compétences liées au numérique. En l’occurrence, chacun a son domaine de compétence et il n’y a pas de Yalta. Il reste que des compétences devront être mieux définies. Des chantiers majeurs ne peuvent attendre, comme le développement du rail et du fret, le développement ferroviaire de l’agglomération, l’intégration du Lyon-Turin, le bouclage du périphérique ouest encore inachevé, ce que Gérard Collomb appelle l’Anneau des sciences car il devrait relier les différents pôles universitaires.

– S’il est élu président de la République, Emmanuel Macron, souvent décrit comme le petit protégé de Gérard Collomb, pourrait appeler celui-ci à Paris et lui proposer un ministère…

– Nous ne savons rien à ce sujet. Nous avons interpellé des personnes bien introduites sans obtenir de réelles informations. Nous savons qu’Emmanuel Macron s’oppose au cumul des mandats dans le temps. Si Gérard Collomb intégrait un futur gouvernement, quid de la métropole? La gauche est à la tête d’une majorité relative qui tient parce que des divers droites la soutiennent. Sans Gérard Collomb, cette majorité pourrait basculer.

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Né en 1859 dans la presqu’île lyonnaise, Le Progrès a installé son siège, depuis fin 2007, dans le nouveau quartier de la Confluence, à Lyon. Le journal est présent dans cinq départements (Jura, Ain, Loire, Haute-Loire et Rhône) à travers 17 éditions locales (pour une diffusion moyenne, semaine et dimanche compris, d’un peu plus de 190 000 exemplaires). Le Progrès emploie près de 600 collaborateurs, dont un peu plus de 260 journalistes. Le Progrès appartient à la banque Crédit Mutuel. Il édite également le quotidien gratuit Cnews lyonplus, qui est le plus fort tirage de la presse quotidienne gratuite lyonnaise (70 000 exemplaires sur l’agglomération). Le Progrès a été l’un des premiers quotidiens régionaux à se doter d’un site internet, en 1996. Aujourd’hui, leprogres.fr reçoit plus de 12 millions de visites par mois pour 60 millions de pages vues.

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