Italie

Le M5S et la Ligue tiennent leur programme anti-système

Plus de deux mois après les législatives, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue ont conclu un accord de gouvernement, qui comprend notamment une plus grande ouverture à la Russie. Leurs militants ont été appelés à l’approuver

Le «contrat pour le gouvernement du changement» est rédigé, mais aucune signature ne le paraphe encore. Malgré leur entente, Luigi Di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles (M5S, anti-système), et Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue (extrême droite), gagnants des élections législatives du 4 mars, ont décidé de suivre le choix de leurs électeurs respectifs. Le premier a appelé les «inscrits» du mouvement à se prononcer en faveur du texte lors d’un vote en ligne, vendredi. Les partisans de la Ligue doivent faire de même, mais dans des urnes réparties dans toute la Péninsule, samedi et dimanche.

De nombreux obstacles encore présents

De nombreux obstacles empêchent encore la formation d’un exécutif. Dans l’attente d’une adhésion populaire, M5S et Ligue négocient toujours le nom de la personne qui sera chargée de mettre en œuvre leur contrat à la tête du gouvernement. Les deux partis n’ont pas pour l’instant de candidat à proposer au président de la République. Ce dernier, Sergio Mattarella, garant de la Constitution et des engagements européens et internationaux de l’Italie, peut de plus rejeter le nom qui lui sera soumis. «Nous irons certainement voir Mattarella lundi, par respect», a lâché laconiquement le secrétaire de la Ligue vendredi.

Les Italiens ne savent donc pas encore quelle personnalité dirigera leur pays. Mais ils savent que le mouvement étoilé et la Ligue comptent piloter l’action gouvernementale. D’abord en faisant respecter le contrat qu’ils ont rédigé. Puis, en cas de «conflits» ou sur des questions hors contrat, grâce à un «comité de conciliation» aux contours et à la composition encore inconnus.

Contrat d’une soixantaine de pages

Avant de définir le programme d’un gouvernement commun, le contrat d’une soixantaine de pages explique comment il sera mis en œuvre. Puis il déroule une liste de trente points, classés par ordre alphabétique. Les chevaux de bataille des deux formations en font partie, mais dans une version édulcorée. La «flat tax» de la Ligue, l’impôt sur le revenu à taux unique à 15%, devient un impôt à taux pluriel à 15% et 20% pour les familles et les entreprises. Et le revenu universel sur lequel a fait campagne le M5S, soit 780 euros mensuels par personne, se limite désormais à deux ans et il est soumis à l’obligation d’accepter l’une des trois offres de travail proposées par le centre pour l’emploi.

Le «retrait des sanctions imposées» à Moscou réclamé

La politique étrangère est le point qui suscitait le plus de divergences. La «centralité de l’intérêt national» a mis les deux partenaires d’accord. Sur le modèle «America First» de Donald Trump, avec qui Matteo Salvini n’a jamais caché ses affinités. Ainsi, sur la scène internationale, les Etats-Unis restent considérés comme un «allié privilégié» et l’appartenance à l’OTAN n’est plus remise en question. Mais Washington, comme l’Union européenne, appréciera moins «l’ouverture à la Russie». Les 5 étoiles et la Ligue réclament le «retrait des sanctions imposées» à Moscou et sa «réhabilitation comme interlocuteur stratégique dans la résolution des crises», notamment syrienne et libyenne.

Les deux formations comptent sur l’issue de ces conflits pour endiguer les flux migratoires, devenus «insoutenables pour l’Italie». Pour ce qui précède l’arrivée des migrants sur les côtes italiennes, la politique reste semblable à celle du gouvernement démocrate sortant. L’exécutif réclamera l’aide des pays européens, menaçant d’interdire «d’amarrage dans les ports italiens» les navires, souvent étrangers et appartenant à des ONG, qui participent aux opérations en mer. Les deux partis voudraient par ailleurs imposer aux pays de départ et de transit d’examiner «l’admissibilité des demandes de protection internationale».

Renvoi des «irréguliers» jugé «prioritaires»

Mais la ligne se durcit une fois les migrants parvenus dans la Péninsule. L’Italie de la nouvelle coalition promet d’ouvrir des centres dans toutes les régions devant accueillir les «irréguliers», estimés à «environ 500 000». Leur renvoi deviendrait alors «prioritaire». Pour ce faire, le financement de l’accueil serait diminué. La presse transalpine croit savoir que le M5S a laissé la main à la Ligue sur cette question pour adoucir ses positions sur l’Union européenne.

La permanence au sein de la monnaie unique fait désormais partie d’une ligne commune, le référendum pour en sortir ayant disparu. Le contrat expose la volonté des deux formations de «renforcer le rôle et les pouvoirs du Parlement européen», «élu», au détriment des «organismes décisionnels privés de légitimité démocratique». M5S et Ligue comptent ainsi, «avec les partenaires européens, revoir la gouvernance économique», plus précisément la politique monétaire et le pacte de stabilité. Mais ici, comme sur les 30 autres points déroulés en moyenne sur moins d’une page, le texte ne rentre pas dans les détails.

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