«Dans cette guerre, tout le monde a été gagnant, les Albanais et les Macédoniens […]. La communauté macédonienne s'habituera à la démocratie, et il n'y aura plus de discriminations contre la communauté albanaise, plus jamais.» L'appréciation extrêmement optimiste affichée dimanche par Ali Ahmeti, responsable politique de l'UÇK (Armée de libération albanaise) macédonienne, est loin d'être partagée par tout le monde, à l'heure où un premier contingent de 500 soldats de l'OTAN prenait ses quartiers à Skopje, avant-garde de l'opération «Moissons essentielles» qui doit permettre, en un mois, de désarmer les rebelles albanais avec leur coopération. La population slave manifeste son amertume envers ce qu'elle considère comme le soutien occidental à la guérilla albanaise. Et personne ne croit Ali Ahmeti lorsqu'il promet une reddition d'armes «sans problèmes».

Le chef politique de l'UÇK-M avait convoqué les journalistes dans une salle de classe du village de Sipkovica, bastion de la lutte armée albanaise, sur les collines dominant Tetovo. Il voulait réaffirmer la volonté de «tous les combattants de l'UÇK» de «remettre leurs armes». Toutes leurs armes? Sans donner de chiffres précis, Ahmeti s'en est tiré par une pirouette, estimant qu'il reviendrait à «des commissions d'experts de l'UÇK et de l'OTAN» d'estimer le nombre d'armes qui devraient être rétrocédées par les miliciens. Une source occidentale a risqué le chiffre de 2500 armes, les Macédoniens slaves estimant qu'il faudrait au moins collecter 6000 armes légères, et un nombre indéterminé d'armes lourdes, pour que la mission soit considérée comme accomplie. L'OTAN s'est refusée jusqu'ici à articuler le moindre chiffre.

Scénario pas aussi rose…

A en croire le chef politique de l'UÇK-M, le succès de «Moissons essentielles», et surtout de la paix, ne devrait être qu'une sinécure. «Les soldats vont rentrer chacun chez eux, ils bénéficieront probablement d'un programme de réinsertion sociale, a-t-il expliqué lors de sa conférence de presse. Nous n'avons pas combattu pour faire une armée, la Macédoine a une seule armée et une seule police au sein desquelles les Albanais sont représentés de manière proportionnelle.» Le leader albanais est persuadé que les «paramilitaires macédoniens» seront eux aussi désarmés et que l'armée régulière regagnera ses casernes pour «créer les conditions de mise en œuvre de l'accord de paix» du 13 août. Cet accord doit sensiblement améliorer les conditions civiques et sociales de la forte minorité albanaise en Macédoine, à condition que la guérilla rende les armes sous contrôle international de l'OTAN.

Mais, malgré le calme apparent qui régnait dimanche après-midi, peu nombreux sont ceux qui croient à un scénario aussi rose. La majorité de la population slave estime qu'on ne pourra aussi facilement éviter la guerre civile. Et l'amertume envers les Occidentaux, symbolisés par les premiers bataillons tchèques et britanniques de l'OTAN qui ont débarqué dès ce week-end sur l'aéroport de Skopje, est grande. «Les Etats-Unis ont soutenu les terroristes. Ils leur ont fourni des armes. Les chrétiens de Macédoine ont souffert et personne ne nous a écoutés», lâchait un des manifestants venus symboliquement bloquer une des principales routes d'approvisionnement de l'OTAN. Et de rappeler que la haine entre les deux communautés est plus tenace que jamais. Un diplomate européen conclut: «Ce pays n'a pas besoin de médiateurs, mais d'un psychanalyste.»