Balkans

Pourquoi les Macédoniens ne veulent pas changer de nom

Exit la «Macédoine du Nord». La très faible participation électorale invalide le référendum de dimanche, et risque fort de rendre caduc l’accord «historique» conclu avec la Grèce en juin dernier.

On pourrait appeler cela une victoire à la Pyrrhus, si Pyrrhus avait été roi de Macédoine et non d’Epire… Le «oui» l’a très largement emporté lors du référendum du 30 septembre, avec 91,3% des bulletins exprimés, mais seuls 36,3% des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes, très loin du seuil de 50% requis pour valider la consultation. Dimanche soir, des centaines de partisans du boycott se sont rassemblés devant le siège du parlement macédonien, semblant eux-mêmes surpris par l’ampleur de leur «victoire», tandis que le gouvernement macédonien tentait d’attirer les regards vers le verre à moitié plein, en soulignant que le «oui» l’avait emporté très largement.

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Lundi, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, et le commissaire à l’Elargissement, Johannes Hahn, ont également appelé à «respecter» la volonté des électeurs. Las, même si le référendum était consultatif, la règle exigeant une participation minimale de 50% était clairement énoncée, et le président de la Commission électorale a, lui-même, reconnu qu’il n’y avait pas de «message clair» des citoyens macédoniens.

C’est au parlement que tout va désormais se jouer, et ce changement entraînant une modification de la Constitution, il doit être approuvé à une majorité des deux tiers dont ne dispose pas le chef du gouvernement, même avec le renfort des élus de la communauté albanaise.

Alors que le président de la République, le très conservateur juriste Gjorge Ivanov, issu des rangs du VMRO-DPMNE, avait appelé au boycott de la consultation, le nouveau chef du parti, Hristijan Mickoski, s’est prudemment gardé de donner une consigne de vote, tout en affirmant que les élus de son mouvement «respecteraient le message des urnes».

Vers des élections anticipées

Il paraît donc évident que les députés du VMRO-DPMNE ne voteront pas le changement constitutionnel, ce qui devrait entraîner l’annulation pure et simple de l’accord «historique» conclu avec la Grèce le 17 juin dernier. Le premier ministre Zoran Zaev, qui ne se fait sûrement guère d’illusions, a déjà annoncé qu’en cas de rejet de l’accord, le pays se dirigerait vers des élections anticipées. Le désaveu est donc sans appel, non seulement pour le gouvernement macédonien, mais aussi pour les dirigeants occidentaux, qui s’étaient pressés à Skopje ces dernières semaines, adjurant les électeurs de faire le «bon choix».

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Cet échec du référendum tient aux listes électorales elles-mêmes, où 1 806 336 électeurs étaient inscrits, alors que la Macédoine compte officiellement un peu plus de 2 millions d’habitants, et très certainement beaucoup moins en raison de l’émigration massive qui touche le pays. Tous les partis politiques se sont toujours accommodés de ces listes jamais mises à jour, car elles permettent toutes les manipulations, sauf en cas de référendum, quand la participation devient l’enjeu principal.

L’illusion européenne

Zoran Zaev a multiplié les erreurs. Celle d’avoir mené des négociations secrètes avec son homologue grec, Alexis Tsipras, suscitant la méfiance des citoyens, celle aussi d’avoir mêlé, lors du référendum, deux questions bien différentes: l’indispensable normalisation des relations avec la Grèce et l’éventuelle adhésion de la Macédoine à l’Union européenne et à l’OTAN. Les Macédoniens souhaitent des échanges apaisés avec le voisin grec, mais ils n’ont pas la naïveté de croire qu’il suffirait de changer le nom de leur pays pour que s’ouvrent aussitôt les portes de l’Europe.

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