Gordon Brown est en passe de devenir maître en demi-tours. Après avoir renoncé au dernier moment à provoquer des élections anticipées en octobre dernier, puis avoir partiellement reculé sur la taxation des grosses fortunes, le premier ministre a été forcé par sa propre majorité à un compromis fiscal.

Mardi, son fidèle chancelier de l'Echiquier, Alistair Darling, a annoncé un plan de 2,7 milliards de livres (5,4 milliards de francs) pour compenser la suppression - voulue par Gordon Brown en mars 2007 - de la tranche fiscale la plus basse, qui était de 10%. Désormais, les bas revenus sont imposés au taux de 20%, comme la grande majorité des classes moyennes, et ce depuis le mois dernier. Cela a provoqué une vague de colère des ménages les plus pauvres. Les plus touchés sont le cœur de l'électorat travailliste: les couples sans enfants et les retraités de 60 à 64 ans qui gagnent moins de 40000 francs par an.

Face à la rébellion menée par le député très à gauche Frank Field, Gordon Brown a accepté juste avant les municipales une compensation. Mais il parlait de «beaucoup moins» que 2milliards de francs. Cela n'a pas suffi à calmer les ardeurs de sa majorité. Mardi, le premier ministre a finalement abandonné, accordant 120 livres supplémentaires à tous les ménages touchés, et de manière rétroactive.

Cette mesure, qui sent la panique, pose de graves questions sur la compétence de Gordon Brown. Comment va-t-il financer 2,7 milliards de livres? Les caisses sont vides, et le seul résultat sera de creuser un déficit déjà lourd. De plus, corriger un budget de façon rétroactive est rarissime et semble relever de l'amateurisme. «Le reste de réputation de compétence économique de Gordon Brown s'est évaporé», persifle le conservateur George Osborne. L'attaque est particulièrement douloureuse pour le premier ministre: s'il n'a jamais paru sympathique auprès de l'électorat, son sérieux était admiré. S'il perd cela, il ne restera plus grand-chose.