Envoûtés par «la mystique» du lieu, les touristes ont repris d’assaut la citadelle inca du Machu Picchu, inaccessible depuis deux mois en raison d’une voie ferrée emportée par les pluies, un isolement qui a coûté au Pérou 185 millions de dollars.

Aussitôt rouvert, le joyau archéologique a suscité de nouvelles craintes quant à sa préservation avec un projet de nouvelle route d’accès, présage d’un flux touristique accru. Des experts péruviens du patrimoine, assistés par l’Unesco, travaillent sur un projet «d’accessibilité appropriée».

«C’est mystique. Ca dégage de l’énergie!»: Eva María Frittgen, Allemande de 23 ans, goûtait jeudi le privilège d’être une des premières depuis fin janvier à arpenter les ruines de pierres du XVe siècle de la «cité perdue» inca, perchée à 2.500 mètres dans les Andes orientales.

Il y a deux mois, les plus fortes pluies dans le sud-est depuis 15 ans avaient emporté des tronçons de la voie ferrée de 110 kilomètres qui achemine 90% des visiteurs -les autres marchent quatre jours- vers ce «must» touristique du Pérou, l’un des sites les plus visités d’Amérique latine.

Plus de 4.000 touristes bloqués avaient été évacués par voie aérienne et l’accès au site fermé en raison de travaux sur la voie.

Cette «pause» pour le Machu Picchu, arpenté chaque jour par 2.200 visiteurs, était une catastrophe pour le Pérou. Le ministre du Tourisme Martin Perez, présent à la réouverture, a évalué le manque à gagner à 550 millions de soles (185 millions de dollars).

Pour la province de Cuzco où 175’000 personnes vivent du tourisme, l’impact a été terrible: la ville de Cuzco a fonctionné à 30% de sa capacité, des hôtels, restaurants ont fermé, congédiant leur personnel, a expliqué à l’AFP Roger Valencia, vice-président de la Chambre de commerce.

Aussi le retour jeudi sous un ciel nuageux, d’un millier de touristes, Argentins, Brésiliens, Mexicains, Américains surtout, a été vécu comme une fête, et célébré comme tel, avec des stars invitées -l’actrice américaine Susan Sarandon- et festival musical le soir à Cuzco.

«Quel soulagement!», lâchait Justiniana, marchande de pulls en alpaga dans la petite ville-dortoir d’Aguas Calientes, halte obligée au pied de la montagne du Machu Picchu. «Je perdais quelque 200 soles (70 dollars) par jour, et tous n’avions plus rien à faire.»

Les touristes ne reviendront que progressivement arpenter les terrasses et murailles épousant l’escarpement du Machu Picchu: la voie ferrée prendra encore deux mois à être réparée sur toute sa longueur et le site ne fonctionnera qu’à 60%.

Mais après? Le long isolement de la citadelle a replacé le Pérou devant sa «Machu Picchu-dépendance» en termes de tourisme, paradoxe d’un pays qui, du désert aux cordillères à l’Amazonie, a tant à offrir. Les professionnels du tourisme et la presse ont appelé à diversifier.

Le ministre Perez, lui, a fait état d’une nouvelle route en construction pour accéder au Machu Picchu. Un projet rassurant en cas de nouvelles intempéries qui endommageraient le rail, mais inquiétant pour l’afflux au site inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité.

Le Centre du Patrimoine mondial de l’Unesco, qui a mandaté une mission, a récemment exprimé sa «préoccupation majeure» pour des reconstructions qui engendreraient un «accès incontrôlé» au Machu Picchu. Et dire que pendant cinq siècles, jusqu’à sa «redécouverte» par l’explorateur américain Hiram Bingham en 1911, il est resté inconnu du monde.