«France 2030»: l’intitulé du plan d’investissement énergétique et industriel présenté mardi par Emmanuel Macron est bien plus ambitieux qu’il n’y paraît. Huit ans seulement séparent en effet l’élection présidentielle d’avril 2022 de l’échéance annoncée pour que la France «redevienne une nation d’innovation et de recherche» et gagne «la bataille de l’indépendance». Le calcul politique est simple à faire: un quinquennat et demi. Une bonne raison pour voir dans ce plan doté de 30 milliards d’euros un possible axe de campagne électorale du président sortant, s’il choisit de se représenter pour un second mandat…

«Réacteurs nucléaires innovants de petite taille»

L’un des éléments les plus saillants de ce dispositif concerne l’énergie nucléaire, dont la France dépend aujourd’hui à 70% pour sa consommation quotidienne d’électricité. Un milliard d’euros sera consacré à développer des «réacteurs nucléaires innovants de petite taille» de 150 à 170 mégawatts, à l’opposé des méga-projets privilégiés jusque-là comme l’EPR (European Pressurized Reactor) de Flamanville (Manche, 1300 mégawatts), dont le coût est, à lui seul, estimé à… 46 milliards d’euros.

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Miser sur des petits réacteurs, faciles à assembler, permettra d’en standardiser la production et de renouveler complètement la filière industrielle française de l’atome qui, outre les 58 réacteurs en service dans l’Hexagone, a produit plus de 120 réacteurs opérationnels dans le monde. Les Etats-Unis, la Chine et la Corée du Sud explorent aussi, aujourd’hui, des projets de ce type qui permettront, demain, de commercialiser des «mini-centrales» beaucoup moins onéreuses à construire.

Energie compétitive

L’atout nucléaire français est à double tranchant. D’un côté, il place Paris en situation avantageuse dans la course à la décarbonation de l’économie, en ligne avec un récent rapport de la Commission économique pour l’Europe des Nations unies (Unece), basée à Genève, selon laquelle l’atome est une énergie bas carbone qui a «permis d’éviter des émissions de 74 gigatonnes de CO2 au cours des cinquante dernières années, soit l’équivalent des émissions de toute la planète pendant deux ans». «Dans de nombreuses parties du monde, l’énergie nucléaire est l’une des plus compétitives en termes de coûts pour produire de l’électricité», poursuit le document.

De l’autre côté, ce plan risque en revanche de relancer les accusations de prolifération souvent adressées à la France. Naval Group, le fabricant de sous-marins récemment lâché par l’Australie (qui devait acheter à la France des submersibles classiques) est d’ailleurs partie prenante du consortium qui produira ces réacteurs miniaturisés.

Semi-conducteurs, le rêve de revanche

Un autre point fort de ce plan est le montant des fonds alloué à la production de semi-conducteurs et composants électroniques. Six milliards d’euros seront consacrés à développer une production nationale de composants clés. «Nous voulons être en capacité de doubler notre production électronique d’ici 2030 et de construire une feuille de route vers des puces électroniques de plus petite taille pour rester un des leaders du domaine», a déclaré Emmanuel Macron, soulignant que la France «a perdu une part importante de son autonomie sur plusieurs équipements de robotique et de numérique».

Le principal acteur français dans ce domaine est STMicro, dont les usines de la région de Grenoble font travailler près de 30 000 personnes. Hier secteur clé de la France, pays d’ingénieurs, l’innovation est aujourd’hui à la traîne dans l’économie nationale. Le pays est aujourd’hui au onzième rang mondial du Global Innovation Index publié en septembre.